La vie en Blu Samu (ENTRETIEN)

Capart Nicolas Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

C’est l’histoire d’une fille qui aimait les gens et les notes… Salomé Dos Santos se fait appeler Blu Samu désormais, une gentille badass girl, une petite tempête écorchée au nom ensoleillé. Des rayons de l’astre portugais aux pavés de la capitale en passant par le bitume de ruelles anversoises, celle-ci a affûté son rap et multiplié les rencontres qui comptent. La dernière en date fut celle des quatre du 77 (depuis l’arrivée de Félé Flingue, transfuge de L’Or du Commun). Aujourd’hui, la demoiselle, prépare la sortie d’un premier album imminent, successeur de son prometteur et très soul premier EP, "Blue’’, sorti en 2015. Elle est à n’en pas douter le meilleur espoir féminin de la scène hip hop noire-jaune-rouge, et vous devriez sans peine la croiser dans un futur proche.

Vous êtes belge, bruxelloise, anversoise, flamande, francophone, mais d’origines portugaises…

Je suis née en Belgique, mais ma grand-mère m’a presque immédiatement emmené vivre avec elle au Portugal, jusqu’à mes six ans. Histoire de laisser ma mère gérer quelques trucs, ses papiers notamment.

Petite, quels étaient les rêves qui vous habitaient ?

Quand j’étais enfant, j’avais plein de rêves dans la tête… Des rêves de métiers cool et inspirant. Au début, il s’agissait de devenir mécanicien, puis ça a été actrice, plus tard c’est devenu avocate, etc. J’aimais déjà chanter aussi à l’époque. Mais, de manière générale, j’étais une fille qui rêvait beaucoup, et quelqu’un de très énergique.

Le virus des notes, c’est en famille que vous le contractez ?

Dans ma famille, nous n’avions pas directement d’influences musicales. Je dirais plutôt que c’est quelque chose qui est venu de mon père, alors que j’étais encore toute petite. A mon retour en Belgique, j’ai passé pas mal de temps avec lui. Il chantait, jouait de la guitare aussi… Mais sans plus. Et ça s’arrête là au niveau de l’héritage artistique.

A l’école, ça se passe comment ?

Jusqu’à mes 13 ans, j’aimais vraiment bien les cours. Après, c’est sûr qu’il n’y avait pas beaucoup d’autres élèves venus de l’étranger, et ça c’était moins bien. Mais je kiffais aller à l’école, apprendre des choses, m’échapper avec mes potes… Plus tard, ça ne s’est pas arrangé dans la cours de récré, et je me suis réfugiée dans les matières artistiques (musique, théâtre, etc.), dans l’histoire aussi. C’étaient les matières pour lesquelles j’avais le plus d’intérêt, et donc le moins de problèmes… Puis, j’ai commencé ma phase de rébellion. Entre l’ambiance pas toujours top à la maison et celle souvent très moyenne à l’école, j’ai commencé à être énervée.

Une rébellion qui s’est traduite comment ?

Finalement, j’ai quitté l’école sans finir mon cursus. J’avais déjà la musique en tête et je savais que de toute façon je ne trouverai jamais mon bonheur dans un boulot conventionnel du style 9h-17h. Du coup, pour gagner de l’argent, j’ai fait pas mal de petits jobs très différents. J’ai bossé dans l’Horeca, comme tout le monde, puis j’ai répondu au téléphone comme standardiste chez Touring Assistance, après j’ai travaillé à plein temps dans une pompe à essence…

Où as-tu appris le français ?

Ma mère regardait toujours le journal télévisé en français… Et d’autres émissions d’ailleurs aussi. Quand j’étais enfant, j’ai eu quelques problèmes de thyroïde, et les médecins s’adressaient le plus souvent en français à ma maman. Moi j’essayais de comprendre et j’apprenais sans rien dire dans mon coin. A cet âge-là, on apprend super vite. Un jour, un docteur a voulu faire la traduction pour m’expliquer ce que j’avais, mais je l’ai arrêté en disant : ‘’T’inquiète, j’ai capté’’. Ma mère a flashé.

Et la musique dans tout ça ?

Quand j’ai arrêté l’école, seules ces matières artistiques me manquaient. Je savais déjà que mon truc c’était la musique, mais je ne m’y suis pas mise immédiatement. Je passais mes journées à traîner avec mes potes, c’était donc la fameuse période de rébellion précitée. C’est devenu de pire en pire, jusqu’à ce que je réalise que je m’éloignais de plus en plus de la personne que je voulais devenir, du rêve que je souhaitais poursuivre. Je ne faisais pas grand-chose de bon, je me suis comme perdue en cours de route… Vers mes 19 ans, j’ai écrit mon premier morceau - "Trapped" - et j’y ai trouvé beaucoup de réconfort. Je le savais déjà avant, mais enfin j’y étais… C’était ce que je devais faire de ma vie […] Les premières années, j’ai essayé du côté d’Anvers. Ce fut une chouette période d’expérimentations. Au niveau de la production, je n’étais pas à l’aise à 100 %, mais au moins j’essayais, et c’était assez pour moi à ce moment-là. Je m’amusais bien, j’écrivais, il y avait visiblement des choses qui devaient sortir et être exprimées.

Puis il y a eu Le 77… Et Bruxelles…

Ma rencontre avec le 77 a été déterminante. Ça a directement fonctionné entre eux et moi, c’était dingue… On avait plein d’atomes crochus au niveau de la musique qu’on aimait ou de celle qu’on voulait pratiquer. Nous avons du coup eu envie de travailler ensemble, mais c’était compliqué de se voir, avec la distance, nos emplois du temps. J’avais toujours ce boulot à la station-service, parce que j’avais des dettes à rembourser… Mais ça ne me rendait pas heureuse. Il y a un an, je me suis dit que je trouverais un autre moyen d’effacer mes ardoises et je suis venue m’installer à Bruxelles. Poursuivre mes rêves de musique. Et ça a pas mal changé ma vie.

Quand est-ce que vous changez la nôtre avec votre premier album ?

Le projet que je suis en train de terminer sera la somme de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, et devrait donc être à la fois emprunt d’une vibe soul mais également plus rap et plus énervé par endroits. Ce sera également le produit de toutes les rencontres que j’ai faites et de cette année passée à Bruxelles. Il devrait sortir vers le mois de mai.

Le mot de la fin : un seul pour vous décrire ?

Maladroite (mais honnête).



> En concert le 5/5 aux Nuits Bota, le 23/6 au Vecteur (Charleroi), aux Ardentes, au Dour Festival, etc.


Capart Nicolas

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