Musique / Festivals

ENTRETIEN

Melanie n'est pas une inconnue des mélomanes. Des dizaines de milliers d'entre eux l'ont vue derrière son père Peter, lors de la longue tournée mondiale qui a suivi la parution de l'album «Up». Ce qui aurait pu passer pour du simple népotisme a, en fin de compte, été bien reçu par la critique, Melanie s'avérant à la hauteur d'une tâche pas si simple de prime abord, et fort éloignée des études de photographie et de peinture qu'elle avait suivies jusqu'alors à New York... Une participation avec Joy Askew dans une compile au bénéfice du Kosovo, des choeurs pour Geoffrey Oryema et un titre, «Mmmh», sur le dernier album de ce fouineur d'Hector Zazou, «Strong Currents», donnent une idée de l'ouverture d'esprit de la jeune chanteuse. Cette quête trouve une autre concrétisation dans sa participation au concert «Travelling Voices», orchestrée par Thierry Van Roy, dont devrait sortir un ambitieux album.

A côté de la photo et la peinture, quelle est la place du chant?

Enfant, j'ai toujours aimé chanter pour le plaisir. Pour autant que j'en sois consciente, ma soeur et moi n'avons pas fait de musique parce que c'était l'affaire de papa. Ce n'est qu'au collège d'arts visuels que j'ai eu l'envie de prendre des leçons de chant. J'en ai pris pendant quatre ans, et plus j'en faisais, plus j'aimais, ressentant des choses que je ne ressentais pas avec la photographie ou la peinture. Par le chant, il est plus facile pour moi d'exprimer ce que j'ai dans le coeur, c'est plus direct et plus fort que la peinture ou la photo.

Qu'avez-vous appris en tournée avec votre père?

Au début, c'était très étrange de jouer devant tant de gens, et je n'étais pas dans le coup, mais je suis devenue de plus en plus présente, j'ai ressenti de moins en moins de pression, et j'ai apprécié de plus en plus. Chanter s'est fait de plus en plus naturellement. Au début, j'essayais seulement de me concentrer, il n'y avait aucun plaisir. D'accord, c'était un luxe pour une débutante, confort et bonne nourriture... C'était aussi étrange d'être sur la même scène que mon père, le regarder chanter devant moi était formidable.

Qu'est-ce que cela a changé?

J'ai plus de respect pour son travail, difficile. Je vois comment il doit y réfléchir, s'y investir, car il ne fait pas que chanter. Et nous avons de bonnes relations, meilleures qu'auparavant.

Avez-vous une meilleure idée de ce que vous voulez faire?

Je sais que j'apprécie vraiment la musique, je suis plus positive qu'avant. Le côté négatif, le risque, c'est que votre vie privée devienne publique. On n'a pas eu trop le problème avec mon père à la maison, mais le business est là, et les gens de maisons de disques ne laissent pas s'exprimer toute votre créativité.

Que vous apporte le travail avec Thierry Van Roy?

Travailler avec quelqu'un signifie découvrir des choses sur soi-même. La façon dont Thierry travaille est très libre. J'espère que cela va m'encourager à explorer différentes manières de chanter, différents itinéraires. Participer à la rencontre de plusieurs musiques du monde me plaît énormément, parce que les choses ne sont pas faites de pierre, et que de grandes choses peuvent arriver dans ce cas. C'est un beau défi.

en compagnie de chanteuses Iakoutes.

© La Libre Belgique 2004