Musique / Festivals

A côté des Tétralogies confiées, traditionnellement, à un même chef et un même metteur en scène pour les quatre soirées, on connaissait déjà les Tétralogies avec un chef et quatre metteurs en scène. A Strasbourg, l'Opéra du Rhin invente l'hypothèse contraire : après Gunther Neuhold l'an passé pour "L'Or du Rhin" et avant Claus-Peter Flor en 2009 pour "Siegfried", c'est le Slovène Marko Letonja qui dirige actuellement (avec beaucoup d'efficacité, mais un lyrisme limité) "La Walkyrie". Mais David Mc Vicar reste fermement aux commandes de la conception scénique.

Les spectateurs belges connaissent bien ce dramaturge britannique qui a travaillé sur nos trois scènes lyriques, mais surtout à la Monnaie où on garde notamment en mémoire ses opéras baroques avec René Jacobs, "Agrippina" ou "L'Incoronazione di Poppea". Mais pour Wagner, Mc Vicar a laissé au vestiaire son humour ravageur, proposant une lecture d'apparence plutôt sage, mais qui se caractérise par la qualité rigoureuse de la direction d'acteurs et par un kaléidoscope de références visuelles, des arts primitifs (les masques) au Cirque du Soleil (les chevaux des Walkyries, mi-homme mi-structures de métal) et de l'Antiquité au monde des samouraïs (Hunding, en l'occurrence). Tout en respectant l'essentiel des didascalies (Fricka arrive même avec ses béliers), l'Anglais sait trouver les gestes, les attitudes et les visuels qui font comprendre aux spectateurs le sens de certains mots et de certaines situations. De l'amour à la violence, il sait aussi restituer chaque sentiment.

Si le Belge Marc Clémeur prendra la direction de l'Opéra du Rhin en 2009, l'actuel patron est l'Anglais Nicholas Snowman, et cela se remarque à une distribution essentiellement anglo-saxonne (notamment une Sieglinde, Orla Boylan, chantant avec un accent irlandais !) On retiendra particulièrement le Siegmund puissant de Simon O'Neill, le Wotan noble mais un peu limité de Jason Howard, la Brünnhilde vaillante de Jeanne-Michèle Charbonnet (mais l'instabilité de son aigu fait craindre pour "Siegfried") et la Fricka implacable de la Danoise Hanna Fischer. Belle prestation de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg.

Strasbourg, les 27 avril, 2 et 6 mai; Mulhouse, les 16 et 18 mai; www.onr.fr