Musique / Festivals

Nous avions rendez-vous du côté de la belle mais pluvieuse Amsterdam en ce début de semaine, et le plaisir de retrouver sur scène l'un des meilleurs musiciens de sa génération toujours en activité. Activité qui d'ailleurs reprenait il y a peu, puisque LE projet de James Murphy fut récemment réanimé. A 47 ans, le New-yorkais, par ailleurs co-fondateur de l'excellente officine DFA Records, producteur à cette occasion du groupe The Rapture, ou encore collaborateur occasionnel de ces amis d'Arcade Fire, raccrochait les crampons en 2011 et mettait fin à onze ans de carrière-caviar. Laissant une discographie sans la moindre faille, LCD Soundsystem mettait sa boule à facettes au placard.

© N.Cap
Pourtant, elle était bien là lundi soir, surplombant la scène, pendue au haut plafond du Paradiso et scintillant de toute part. Une salle de concert légendaire, qui semblait taillée pour l'entame de cette tournée et ces retrouvailles. Ouverte en mars 1968 près de Leidseplein, l'un des centres touristiques et culturels de la capitale hollandaise, elle est située dans une ancienne église datant du 19e siècle (dont elle conserve trois impressionnants vitraux), qui accueillait jusqu'en 1965 les rassemblements de la "Vrije Gemeente" (congrégation libérale religieuse), avant d'être squattée par une communauté hippie et finalement reconvertie en salle de spectacles. Niveau capacité, le Paradiso est comparable à une petite AB : 1500 spectateurs dans le grand hall, 250 aux étages.

James Murphy had a dream

La fin de l'année 2015 marquait donc le retour aux affaires de LCD Soundsystem, après le split magnifique d'un seul homme, que l'on sentait extrêmement heureux de retrouver les planches et ses ouailles en cette rentrée des classes musicales. Un enthousiasme que les six autres en scène aux côtés de Murphy semblaient allègrement partager – se chambrant et déconnant sans arrêt – et qui n'allait pas tarder à nous gagner. Si l'on avait déjà revue et appréciée la bande au complet au Pukkel l'été dernier, la qualité du show campinois fut sans commune mesure avec cet énorme gig hollandais. Et, au-delà de l'envie, cette fois il y avait un mobile. Une quatrième galette en forme de rêve américain aux couleurs délavées.

Il y a dix jours, et sept ans après "This is Happening", "American Dream" débarquait. Un disque comme à chaque fois rempli d'autant de spleen que de potentiels pas chassés, qu'il aura fallu apprivoiser. Notre hôte allait nous y aider, dans son éternelle chemise blanche et les deux mains forcément cramponnées au micro. Disséminées avec parcimonie au détour d'une setlist à faire danser le sirtaki à un cul de jatte, quatre des nouvelles compos furent jouées à Amsterdam ce soir-là – toutes pieds au plancher – , du très rock "Call the Police" aux rebonds acid-disco de "Tonite", en passant par le slow synthétique "American Dream" et les guitares funky de "Change Yr Mind" en rappel.


Toujours en pole

Puis, il y eut les tubes… Et LCD en a un paquet. Un double uppercut d'entrée, avec "Yr City's a Sucker" et "Daft Punk Is Playing at My House", histoire de mettre les pendules à l'heure sans tarder. Plus loin, c'est l'enchaînement imparable "Tribulations/Movement" qui nous mettait la tête à l'envers. Dans la salle, pas un bassin en sommeil, pas la moindre cheville immobile, pas une main qui ne flotte dans les airs. Au Paradiso, ce lundi, absolument tout le monde sourit, dans le parterre, aux balcons et sur scène aussi. Et les zygomatiques sont encore sollicités lorsque Murphy ironise sur son âge avancé, s'excusant auprès des premiers rangs pour la taille et le nombre des baffles de retour, indispensables pour que le son traverse ses vieilles écoutilles ensablées.


Si l'on aura droit à notre chair de poule de rigueur au moment où résonnent le piano et les mots "New York I love You", point de trace par contre du mythique "Losing My Edge", implacable tout premier single de la bande où Murphy déclarait “I’m losing my edge, the kids are coming up from behind” (“Je perds mon avance, les gamins rattrapent du terrain”). Mais ce n'est peut-être pas un hasard s'il ne l'a pas joué. C'est sans doute partie de ce constat de 2012 qui le fit raccrocher en 2011. Mais depuis 2015 et le retour, cette théorie n'a plus cours. La musique trace toujours et les jeunes pousses sont bien dans le rétroviseur, mais avant de livrer des prestations de cette ampleur, il leur faudra encore cumuler bien des kilomètres au compteur.

© N.Cap

LA SETLIST

Yr City's a Sucker

Daft Punk Is Playing at My House

I Can Change

Get Innocuous!

Call The Police

You Wanted a Hit

Tribulations

Movement

Synths!

Someone Great

American Dream

Tonite

Home

New York, I Love You But You're Bringing Me Down

Rappel

Change Yr Mind

Dance Yrself Clean

All My Friends