Musique / Festivals

Avant l'été viennent le printemps et... les Nuits Botanique. Depuis deux années consécutives, en effet, le célèbre festival s'installe à Bruxelles à l'heure des premiers bourgeons. Cette formule printanière semble mieux marcher que les précédentes: en 2004, l'affluence a augmenté de 25 pc. Du 8 au 15 mai, donc, une quarantaine de concerts et plus de 300 groupes ou artistes se produiront dans toutes les salles du «Bota» (l'Orangerie, la Rotonde, le Witloof Bar et le Chapiteau installé dans le parc) ainsi qu'au Cirque royal. En guise d'apéritif, des artistes comme Jean-Louis Murat, Karin Clercq ou le groupe britannique The Bellrays permettront, dès le 23 avril, de patienter en attendant l'ouverture officielle des Nuits.

La nouveauté de cette édition 2005 est la tenue de l'exposition «Souterrain, dix ans d'indépendance», à partir du 22 avril dans le Museum du Botanique. A l'occasion des dix ans d'existence du collectif bruxellois Souterrain, particulièrement actif au sein du mouvement hip hop, les Nuits Botanique s'étendent aux arts plastiques et notamment à la culture urbaine à travers ses toiles, graffs, sculptures, photos et vidéos.

Brassage

Côté programmation, «l'éclectisme» sera le maître mot du festival, selon Georges Dumortier, directeur général du Botanique. «Mais il fait aussi la part belle à la scène belge!» En effet, le festival est l'occasion pour des artistes venus des quatre coins du monde de se côtoyer et de partager leurs différentes expressions musicales. «Le milieu artistique local peut ainsi se frotter au milieu international. On accompagne ces groupes locaux à l'échelle nationale et mondiale. Certains, comme Ghinzu, remplissent aujourd'hui des salles à l'étranger», explique Paul-Henri Wauters, chargé de la coordination et de la programmation du festival.

«Le Botanique est une sorte de laboratoire: il travaille dans de petites salles, de 600 à 800 personnes en général, et permet de recréer une intimité et une proximité avec le public. On y retrouve un partage démocratique de la musique», poursuit-il.

Les artistes belges comme Jeronimo, Hollywood P$$$ Stars, An Pierle, Eté 67 ou Sioen joueront, une nouvelle fois pour certains, lors de ces Nuits Botanique. A noter, l'organisation d'une soirée dédiée aux artistes flamands, le 10 mai sous le Chapiteau, avec les groupes Admiral Freebee, Sioen et De Mens. «Les groupes belges présents au festival sont, il est vrai, essentiellement francophones. Mais nous souhaiterions avoir davantage d'artistes néerlandophones. Tous ici veulent travailler ensemble et le festival peut être le creuset de ces échanges», commente Paul-Henri Wauters.

Des artistes venus de Grande-Bretagne (Mylo, Adem, The Cribs), des Etats-Unis (Out Hud, Hot Hot Heat), de France (Presidentchirac, Mathieu Boogaerts), du Canada (The Arcade Fire) compléteront cette programmation.

Collages

Le festival reste aussi l'occasion de découvrir de nouvelles créations. L'ensemble musical à cordes du Mons Orchestra, collaborateur de longue haleine avec le Bota, propose notamment une création originale avec Keren Ann, dont la musique surfe sur plusieurs vagues. Autre projet novateur: des oeuvres du répertoire de Jean-Sébastien Bach interprétées par une formation classique et ouverte à l'univers électronique de Christian Fennesz.

Les Nuits Botanique, en mêlant ainsi entre eux les artistes et les musiques, se posent en vecteur de création. Elles rassemblent, assemblent des expressions artistiques et génèrent des idées nouvelles. L'affiche de festival de cette année illustre parfaitement ce concept: elle représente trois personnages, sourire narquois aux lèvres, bras levés au ciel, regroupés dans une décapotable qui jette des flammes. Nez, bouche, yeux, cheveux, etc., sont constitués par des collages empruntés à différents artistes phares, tels que Dick Rivers ou Ringo (à chacun de découvrir qui se cache derrière). Pour Paul-Henri Wauters, «cette juxtaposition d'éléments de collages incarne la programmation du festival: des apports de mélodies empruntées à la musique punk, à la musique folk, au rock, etc., qui en se frottant créent des énergies

© La Libre Belgique 2005