Le cas Lamar

Nicolas Capart Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

A quelques heures de ponctuer en force ce premier week-end de février, nous observons, discret, tous les quidams de cette large assemblée. Une fois de plus, on a l’impression d’être né du mauvais côté de la frontière linguistique, entouré que nous sommes de jeunes hispters au goût certain et à l’accent vondelien. En dépit de l’affection qu’ils portent à Milk Inc., Kate Ryan ou Evanescence, force est de constater que nos amis flamands ont souvent plus de flair que leurs homologues francophones en matière musicale. Comme à leur habitude, les kids ont cueilli l’air du temps avant leurs aînés et la moyenne d’âge de ce théâtre sold out plafonne à 25 ans. Le même âge que notre hôte, l’un des plus doués de sa génération, révélé au grand jour fin octobre avec son second album, "Good Kid, MAAD City".

Dès qu’entre en scène Kendrick Lamar, la leçon de rap commence. L’Américain a tout: la voix, le flow, la musicalité une technique irréprochable. Sur les rails ou en roue libre, a cappella ou chevauchant l’instru, le emcee impressionne. Et la foule ne s’y trompe pas, frétillant d’entrée comme un flan caramel sous le son phrasé sucré. Si l’on apprécie d’autant plus le ton sensuel et monocorde de "tracks" comme "Money Trees", c’est en mode énervé que la horde juvénile de cette AB semble vouloir l’entendre. Le temps de saluer son bro A$ap Rocky et Kendrick prend l’inspiration pour décocher un "Fuckin’Problem" meurtrier.

Pour entamer la visite de la "Section 80", le mercure a grimpé de quelques marches. Désormais, la chorale populaire résonne à la fin de chaque refrain, jolie prouesse quand on sait que le gaillard ne visite encore que furtivement la bande FM, en dépit de ses poches pleines de tubes. Comme les anciens, Lamar pratique à l’envi l’egotrip et se la pète pour la forme : "I’ve got the best rap on Earth..." On serait presque tenté de lui donner raison.

Comme pour nous en convaincre, il enchaîne le rebondissant "Backseat Freestyle", l’élégant "Bitch, Don’t Kill My Vibe", le langoureux "Poetic Justice" et le remuant "MAAD City", au détour duquel le Californien ressuscite l’esprit nineties du Wu Tang. Mais c’est du sang West coast qui coule dans ses veines et il tient à nous le rappeler, armé de ses travaux estampillés Dr. Dre. Sublime sur "The Recipe", Kendrick Lamar ensorcelle nos oreilles en prélude du revers cinglant "Cut You Off" (extrait de la mixtape "Overly Dedicated"). Avant de jeter sur nous, pauvres B-boys hypnotisés, l’ultime sortilège de la soirée - "Swimming Pools (Drank)" - et de quitter la scène les yeux comme un voleur satisfait.

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