Musique / Festivals Du 11 au 13 août, la musique envahit pour la 33e fois le château de Rossignol et environs.

Dire 33, c’est déjà donner de la voix. Alors quand un festival de jazz arrive à sa 33e édition, il y a une logique à ce que le chant en soit la vedette, ou alors le hasard a bien fait les choses. Gaume Jazz 33e édition, sans discontinuer depuis 1985. Si la première eut lieu à Chassepierre, depuis la deuxième, en 1986, la fête au jazz a lieu dans le village de Rossignol, avec pour cadre ravissant et verdoyant le centre culturel, un château de l’an 1097 reconstruit au début du XVIIe siècle.

Dhafer Youssef, Youn Sun Nah, Jodie Devos, Veronika Harsca, Music for a While, tels sont les ambassadeurs vocaux du Gaume Jazz édition 2017, le week-end prochain. Des styles bien différents, au demeurant, venus d’horizons géographiquement distants avec le jazz pour dénominateur commun.

Et encore, si c’était aussi simple… Le jazz du Tunisien Dhafer Youssef est moderne, porté par une formidable rythmique américaine rassemblant le pianiste vedette Aaron Parks, le bassiste Ben Williams et le batteur Justin Faulkners. Combiné à la tradition arabe, notamment soufie et ancrée dans la spiritualité, ce jazz prend des couleurs inouïes et fascinantes avec un musicien qui, outre le chant, est un virtuose du luth appelé oud.


Non moins séduisant est l’art de Youn Sun Nah, qui, d’origine coréenne, s’épanouit musicalement à Paris depuis plus de vingt ans. Avec "She Moves on", paru il y a quelques semaines, la chanteuse a réalisé son album le plus pop, sans pour autant céder à la facilité, loin s’en faut. Là aussi, la rythmique est américaine, menée à nouveau par un pianiste lui-même soliste de premier plan, Jamie Saft.

Jodie Devos, soprano, s’est fait remarquer par bien d’autres choses que le jazz. Deuxième prix remporté de haute lutte au Reine Elisabeth 2014, elle s’est entre-temps rendue célèbre sur les scènes d’opéra. Jusqu’à ce que le pianiste Jean-Philippe Collard-Neven l’emmène sur les rives plus swingantes des comédies musicales et des standards début du XXe siècle.


Détournement classique

Music for a While est aussi un détournement savant du classique, de la musique ancienne plus précisément puisque le nom de ce sextette vient d’une composition baroque de Henry Purcell. Tout un programme, pour le pianiste Johan Dupont, la chanteuse Muriel Bruno et leurs quatre compagnons, que de donner des couleurs nouvelles, parfois latines, parfois orientales, à Monteverdi, John Dowland et autres fins compositeurs de la Renaissance.

Quant à la Hongroise Veronika Harcsa, à en juger par le tabac qu’elle a fait au Gaume l’an dernier dans une salle trop exiguë, pas étonnant qu’elle revienne, mais sous le plus vaste chapiteau cette fois. En duo avec le guitariste Balint Gyémant, son jazz est classique, enrichi de son Orient européen natal.


Avec tout ça, l’on pourrait croire qu’il n’y a que du chant au 33e dans les vingt-cinq concerts du Gaume Jazz. Non pas, sauf à considérer par exemple le saxophone comme le prolongement instrumental de la voix. Alors, le saxophoniste ténor français Sylvain Rifflet s’impose comme l’un des plus talentueux novateurs. Avec sa carte blanche, le Liégeois Steve Houben, sax alto et flûte, a tous les atouts en main pour épater le public gaumais.

Chantante aussi est la guitare manouche de Fapy Lafertin, émule de Django, au sein du quartette à cordes de Cédric Raymond, polyinstrumentiste qui, cette fois, se concentre sur la contrebasse. Les six-cordes de Paolo Loveri et de Nicolas Gaul ne le sont pas moins, lyriques à souhait. Gaul qui, comme Jodie Devos et le percussionniste Stefan Pougin, est un local de l’étape.

C’est jusqu’à l’exposition de photos qui est vocale cette année, puisque la sélection de l’œuvre de Christian Deblanc est centrée sur les chanteuses de jazz. Durant les trois jours de festival à Rossignol et pendant le mois d’août à la Maison du tourisme de Gaume, au centre de la bonne ville de Virton.