Musique / Festivals

Pour la première fois de son histoire, le Graspop Metal Meeting affiche totalement complet. Le grand rassemblement des amateurs de guitares lourdes a toujours rencontré un large succès, mais le "warm up" du jeudi soir était traditionnellement réservé aux groupes locaux, chargés de chauffer les guibolles de quelques milliers de fans durs, venus un jour plus tôt. En conviant d'entrée les Guns & Roses pour un concert marathon de 3h30 sur la Main stage, les pontes de Dessel ont renoncé à la coutume pour viser le knock out d'entrée, et attirer dès le premier soir la majeure partie des festivaliers.

Pour le teint pâle, c'est raté!

De ce point de vue, l'opération a fonctionné. Le fan de métal ne rate jamais une occasion de voir une vieille gloire (lire notre dossier), et ce jeudi sur le coup de 18h, la plaine de Dessel est bondée! Pendant que les Américains de Iced Earth pilonnent les oreilles des intrépides massés devant la "Main Stage 2", les Anversois de "Toxic Shock" font leurs gammes au Metal Dome, et les premières files se forment devant le stand mis à disposition des artistes pour signer des dédicaces.

Il fait magnifique depuis ce matin, tous ces grands gaillards au teint pâle affichent malgré eux une mine rosée, et les amateurs de biture qui se sont endormis au milieu de nulle part ont largement outrepassé le temps de cuisson recommandé. Mieux valait sans doute traîner au mythique "Classique Rock Café", où les fans de Led Zeppelin sont toujours occupés à vider de grandes bassines de bière en écoutant des reprises de leur groupe préféré.

Le naufrage des Guns

Comme toujours au Graspop, l'univers visuel est marqué. Tout le monde ou presque est paré de noir, et bien souvent d'un pull à l'effigie du festival. Tête d'affiche oblige, les T-shirts des "Guns" ont la cote. Les flingues et les roses sont absolument partout, et l'on se prend à rêver d'un show plus puissant encore, que celui donné il y a tout juste un an sur la plaine de Werchter.

À 22h précises, les hard rockeurs tant attendus montent sur scène. L'introduction a changé, le clip des Looney Tunes - chers à Slash - a disparu, et la mise en scène grandiloquente qui annonçait le groupe il y a encore quelques mois a été remballée. Dès les premières minutes, on a le sentiment que quelque chose a changé. La setlist est exactement la même, la scénographie aussi, et "It's So Easy" fait toujours son petit effet en guise d'introduction. Mais le public ne réagit pas ou peu. L'énergie vaguement dégagée par le groupe tombe à plat, et Axl peine à faire entendre sa voix. Même "Welcome To The Jungle", censé déchaîner les passions, a l'intensité d'un jingle de supermarché.

Chuck Berry sauve la mise

Les Guns sont crevés, blasés, et ça se voit. Aussi spectaculaire soit-il, un show ne peut pas fonctionner sans un minimum de plaisir et de sincérité. Conciliant mais pas dupe, le public du Graspop déserte progressivement les premiers rangs pour aller chercher mieux ailleurs. D'autres reviennent, en espérant que la seconde mi-temps sera meilleure, et les patients sont récompensés... à minuit, quand Slash attaque son solo habituel.

On connaît la recette, le guitar hero reprend Chuck Berry puis le thème du "Parrain". Mais la maestria de l'ami Saul est telle, que l'enchaînement parvient encore et toujours à soulever la foule. Axl peut rester dans sa loge, le groupe est bien meilleur sans lui et Slash fait le boulot à lui tout seul. Sweet Child O Mine, November Rain, Don't Cry, Knocking On Heavens Door et Paradise City peuvent venir ponctuer ce long et douloureux marathon de 3h30. Le grand retour des Guns est terminé. Attiré par l'odeur délicate des millions de dollars, le groupe cachetonne, désormais. Et il est grand temps de se tourner vers la suite des festivités.

Trois jours de métal

Comme d'habitude, une pluie de vieilles gloires s'abattra sur Dessel tout au long du week-end. Iron Maiden, Ozzy Osbourne, A Perfect Circle, Marilyn Manson, Megadeth, Judas Priest, Limp Bizkit et bien d'autres viendront murmurer à l'oreille des nostalgiques. Johnny Depp ajoutera une petite touche hollywoodienne à l'ensemble, en compagnie de Joe Perry (Aerosmith) et Alice Cooper, avec qui il forme désormais les "Hollywood Vampires". Black, Thrash, Death, Punk et autres trouveront chacun leur public, et le métal vaincra encore et toujours, car le genre est inépuisable, et le Graspop Metal Meeting, un très honnête serviteur.