Musique / Festivals

Lancé en 2003, à l'initiative de Gilles Ledure (ONB), Michel-Etienne Vanneste et Nicolas Denoncourt (CMIREB) et Lieven Bertels (Holland Festival), le projet «Tactus» a pris les allures d'un rêve pour ceux qui y ont été retenus...

On se souvient du principe de base: donner la possibilité à des jeunes compositeurs d'approfondir leur connaissance de l'écriture pour orchestre symphonique; et de la forme, particulièrement généreuse: faire une lecture des pièces symphoniques sélectionnées, les «retoucher» si nécessaire (grâce au logiciel Sibelius, commun à tous les participants), les donner en première audition dans leur forme définitive et sélectionner parmi elles la ou les oeuvres qui seraient données en concert.

Mikko Franck souffrant

Un projet de cette envergure n'était possible qu'avec la collaboration d'un orchestre et d'un chef acquis à la cause, l'Orchestre national de Belgique et Mikko Franck, dont la Finlande natale servit de modèle à toute l'entreprise...

Pour la première édition, le comité de sélection, composé de Mikko Franck, Luc Brewaeys, Benoît Mernier et Alexei Mochkov, retint six compositeurs: le Finlandais Antti Auvinen, l'Italien Matteo Franceschini, le Bulgare Martin Georgiev, l'Allemand Anno N. Schreier, la Belge Annelies Van Parys, et la Malaisienne Adeline Yi Mei Wong.

Six nationalités, quatre hommes, deux femmes (mieux qu'à la chambre des députés...).

Les sessions de travail eurent lieu au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (grande salle), du 14 au 17 décembre, sous la direction musicale de Pascal Rophé, ce dernier ayant remplacé au pied levé Mikko Franck souffrant.

Rophé le sauveur

Ce qui aurait pu être une terrible déception fut presque une grâce: tant les premières lectures que les répétitions et les créations proprement dites furent des moments d'exception, suivis par un public restreint mais captivé (dont un groupe d'étudiants de la KUL) et un jury international prestigieux «prêté» par le Concours Reine Elisabeth qui tenait à la même époque son concours de composition!

On y retrouvait, outre le chef, Jean-Baptiste Barrière (France), Luc Brewaeys (Belgique), Luis de Pablo (Espagne), Jean-Paul Dessy (Belgique), Luca Francesconi (Italie), Kimmo Hakola (Finlande), Michael Jarrell (Suisse), Vaclav Kucera (République tchèque), Luc Van Hove (Belgique).

Matinées consacrées au travail avec orchestre, après-midi à des conférences, des débats et des masterclasses (et même une visite du Grand Hornu, en apothéose), ce furent quatre jours d'effervescence musicale, artistique et intellectuelle centrés sur six créations effectives de tout jeune compositeur, une sorte de rêve qui aura marqué les esprits.

«Ardus» de Franceschini

Pour notre part, nous avons suivi la présentation de trois des six pièces, le vendredi 17, occasion de mesurer l'engagement de l'orchestre et la maîtrise stupéfiante de Rophé, habité, littéralement, par des partitions dont il n'avait pris connaissance que quelques jours plus tôt... Aucune des trois oeuvres entendues n'aurait déparé un concert de qualité, avec «3 Fragments» de Anno Schreier, une pièce d'une grande virtuosité d'écriture, bourrée de réminiscences (à la limite du pastiche), colorée, chantante et dynamique (retenue par le jury); avec «Einklang» d'Annelies Van Parys, élaboré comme un tapis sonore mouvant, rehaussé de petites percussions et de subtiles interventions solistes (sera joué par l'ONB au cours de la prochaine saison); et «Starburst» d'Adeline Yi Mei Wong, à la structure tournoyante, aux timbres vifs et à l'imagination débordante.

Mais l'oeuvre primée sera celle du jeune Italien Matteo Franceschini, «Ardus», qui d'emblée avait retenu l'attention générale pour son excellente maîtrise du matériau orchestral, son sens de la couleur et sa belle facture rythmique.

En février 2005, «Ardus» sera donné en ouverture de concert par l'ONB, avec également au programme le «Concerto pastoral» de Rodrigo, avec Sharon Bezaly à la flûte, et «Images» de Debussy. Ces concerts ne font qu'ouvrir la série...

Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, le 4 février à 20h. Tél. 02.507.82.00, Webwww.bozar.be

Liège, Salle philharmonique, le 5 février à 15h. Tél. 04.220.00.01, Webwww.opl.be

Tactus: E-mailinfo@tactus.be,

Webwww.tactus.be

© La Libre Belgique 2004