Musique / Festivals

Le Tchèque Lukas Vondracek (29) est le grand gagnant du Concours musical international Reine Elisabeth 2016, consacré cette année au piano.

Les noms des pianistes victorieux ont été annoncés ce samedi soir au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles par le président du jury, Arie Van Lysebeth, après la prestation des deux derniers finalistes sur les douze qui ont performé cette semaine. L'Américain Henry Kramer, qui jouait samedi soir, remporte le second prix et son compatriote Alexander Beyer le troisième.

Il avait dominé les demi-finales avec son allure d’ours des Carpates, barbe mal domptée mais jeu souverain d’intelligence et de maturité. Pour les finales, Lukas Vondracek s’était rasé de près et portait un smoking cintré sur une élégante chemise blanche à col cassé, portée fermée mais sans nœud papillon. Cette tenue royale ne changea toutefois rien ni à ses qualités, ni à sa posture : le tabouret réglé au plus bas et placé en arrière, les jambes presque étendues vers les pédales du piano, il se pencha si près du clavier qu’on s’attendit à voir surgir son profil sur les écrans qui ne cadrent en principe que les mains des candidats. Il n’alla pas jusque-là (quoique… le menton ou le nez parfois), mais il n’en fut pas moins fascinant à regarder, scrutant presque de dessous la partition du « Butterfly’s Dream » de Ledoux. Sa lecture de l’imposé fut tout à la fois fidèle au texte et inventive, tour à tour percussive et rêveuse, et marquée par une sonorité impérieuse.

Troisième finaliste à jouer le troisième concerto de Rachmaninov cette année, Vondracek s’y montra souverain. La technique fut stupéfiante de maîtrise jusque dans les tempi les plus soutenus, mais on l’oublia très vite pour se laisser emporter par la fougue et la passion qui l’animèrent. Dans l’allegro initial, le premier énoncé du thème fut donné avec sobriété mais, immédiatement après, le candidat tchèque se lança tête baissée dans un tourbillon halluciné et hallucinant, alternant éclats et rondeurs et culminant en une cadence somptueuse. Soufflant bruyamment, se tendant sur son siège, dégoulinant par moments et souriant aux anges l’instant d’après, Vondracek vit la musique de tout son corps, mais rien n’est feint ni même forcé dans cette expressivité.

L’intermezzo fut l’occasion d’un léger répit, fort de ses couleurs et d’un ton presque jazzy, avant que le candidat se lance dans un final éblouissant. L’humour y garda ses droits, mais un humour qui se fit par moment aussi jouissivement diabolique que la précision des doigts du pianiste. Jusqu’au bout, on resta fasciné par la puissance de la sonorité, le perlé du toucher et surtout cette passion dévastatrice. Ovation debout, inévitable et mille fois méritée.

Palmarès

1. Lukas Vondracek

2. Henry Kramer

3. Alexander Beyer

4. Chi Ho Han

5. Aljosa Jurinic

6. Alberto Ferro

Et les six lauréats non classés, mentionnés par ordre alphabétique :

- Atsushi Imada

- Yoonji Kim

- Kana Okada

- Dmitry Shishkin

- Hans H. Suh

- Larry Weng