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Difficile de passer à côté du buzz qui résonne autour ce jeune quatuor du sud de Londres. Affichant à peine 20 printemps de moyenne, Romy, Oliver, Jamie et Baria forment The XX depuis plus de trois ans. Une identité cryptée, synthétique, mystérieuse et minimale à laquelle ils semblent attachés et qui sied parfaitement à leur musique. " C’est la première chose dont on s’est occupé, avant la musique " se souvient Romy, voix féminine du groupe. " Ça n’a pas de signification. Juste une référence à la lettre X, comme un symbole. J’aime l’idée parce que ça permet aux gens d’imaginer une multitude de sens. Certains y voient le chiffre 20, d’autres nous appellent les KidsKids ".

Des Kids qui affichent sans complexe leurs goûts actuels et influences passées. Autant d’ingrédients utilisés pour parfaire leur premier album éponyme. " Des sixties, je retiens Jimi Hendrix que me faisait écouter mon père. Puis, dans les années septante, The Slits, que j’adorais, Siouxsie and the Banshees (dont elle porte le T-shirt, NdlR) , Joy Division Les années quatre-vingt avec Yazoo et Eurythmics New Order aussi. Et bien sûr The Cure ." Voilà pour le passé. Mais si ces ados brassent l’avant, ils sont bien ancrés dans leur époque. "Nous avons tous des goûts très variés. Et on ne s’interdit rien. J’ai toujours ressenti un plaisir coupable à écouter les hits du Top50, j’aime la pop, j’ai grandi au son du folk, et aujourd’hui je découvre le disco. Jamie est à fond dans le hip hop et adore le dubstep. Oliver est fan de r’n’b et Baria écoute beaucoup de drum’n’bass. Le fil rouge est donc visiblement l’amour des basses ." Que dire alors de cette reprise, surprenante mais très réussie, du "Teardrops" de Womack&Womack ?

Il aura suffi d’un single, l’excellent "Crystalised", pour voir ces quatre amis d’enfance portés au rang d’étoiles montantes de la toujours prestigieuse scène rock britannique. "Je connais Oliver depuis mes 3 ans. Nous étions ensemble à l’école. Dix-sept années d’amitié. Puis, on fait la connaissance des autres vers 11 ans [ ] Récemment les choses se sont accélérées. Avant, Baria bossait dans un magasin de fringues. Jamie avait des projets de films et s’était lancé dans la production de hip hop. Oliver je ne sais pas vraiment. Quant à moi, j’ai fait un passage par une école d’arts graphiques. Mais la musique l’a emporté. On a tourné avec Florence&the Machine d’abord. Et ceci est la troisième date de notre première véritable tournée mondiale." Une tournée qui se jouera à guichets fermés dans bien des villes. C’est le cas ce dimanche soir au Botanique.

Ceux qui ont obtenu leur sésame étaient bien renseignés car ça n’a pas duré. Et la clameur qui accueille l’arrivée des XX pousse à un étonnant constat : aussi récent soit-il, le groupe a déjà de solides fans. Le genre qui reprend les paroles par cœur, danse sans raison, pousse des cris stridents quand la lumière s’éteint Et dont la moyenne d’âge est plus élevée qu’on ne pourrait le penser. Sur scène, l’ambiance est assez solennelle. Au niveau des lumières, c’est le service minimum : une fausse obscurité baignée de couleurs froides à l’exception du rouge. Idéal pour l’introduction, instrumentale et planante. Ensuite le groupe enchaîne sur son morceau-fétiche, acclamé malgré quelques maladresses. L’attitude stoïque des protagonistes accentue l’atmosphère sombre. Aucun jeu de scène et des regards fuyants Jamie se cache sous sa casquette, Romy est planquée derrière sa mèche, Baria fixe le vide, Oliver fait les "yeux revolvers". Pourtant, après huit morceaux, le chanteur esquisse un sourire et remercie l’audience. Pas blasé pour un sou, il semble réellement touché par l’accueil. Même s’il fait le dur. Sa voix douce et celle, fragile, de Romy sont la signature du groupe. "Les mélodies en découlent" précise la seconde. "Les lignes de basses et de guitares d’abord. Puis la structure. Les textes et le chant sont au centre de chaque composition". Comme une évidence.

The XX est donc bien un groupe intéressant. Et les onze chapitres de leur premier ouvrage attisent à raison l’intérêt. Au détour d’un refrain, Romy l’affirme sans arrogance : "I think we’re superstars " C’est écrit. Il ne leur manque que l’Xpérience.