Le tapis rouge des Ardentes

Nicolas Capart Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Depuis 7 ans que ça dure, la Cité Ardente est habituée. À mesure qu'ils voient leur festival grandir, les Liégeois observent d'un œil quasiment blasé le défilé de gros noms du show-bizz débarquer chaque début de juillet. Les organisateurs de la fête, eux, s'amusent des demandes saugrenues des stars, et certaines anecdotes filtrent, sans toujours qu'un nom soit dévoilé. Ainsi, les exigences du prince des ténèbres Marilyn Manson (voir encadré) étaient connues de tous dans les allées. Vider le backstage dès son arrivée, bannir les photographes de la fosse, et surtout repeindre toute sa loge (blanche) en noir, pour ceux qui, encore, l'ignoraient. Tout cela est assez logique finalement. La veille, Morrissey avait pour sa part exigé des toilettes lui étant uniquement réservées. Et, à défaut de mieux, une pratique Cathy cabine avait été installée juste devant sa loge. Le chic anglais. Enfin, dimanche, un artiste avait commandé à la prod' une dizaine de boîtes de nourritures pour chat. À l'heure d'écrire ces lignes, nous ignorions toujours son nom, mais espérons très fort qu'il vienne vraiment accompagné d'un matou.

Parmi les VIP présents à Coronmeuse, deux monstres sacrés du hip hop s'invitaient samedi au line-up. Leurs parcours accidentés vers les cimes, leurs différences continentales donc culturelles et leur présence conjointe aux Ardentes invitaient l'imagination. Comme un ring symbolique opposant deux MC's XXL, monstres sacrés du genre qu'ils représentent. Un duel de mauvais garçons. En tous cas, sur papier. À gauche, Didier Morville alias Joeystarr alias Jaguar Gorgone, 44ans, français, natif de la Seine-Saint-Denis à Paris, rappeur, graffeur, acteur, producteur, ex-taulard et jadis moitié du plus légendaire duo rap français, Supreme NTM. À droite, Curtis James Jackson aka 50Cent, 37 ans, américain, né dans le Queens new-yorkais, rappeur, compositeur, acteur, producteur, homme d'affaires, victime d'une agression où il se prend neuf balles il y a quelques années et fondateur du collectif G-Unit. Nous avions déjà pu les observer sur scène et imaginions ce scénario: un Joeystarr surexcité, comme il l'avait été sur la scène des Ardentes quelques éditions passées, et un Fifty blasé insipide/inodore/incolore, comme nous l'avions vu sur la scène de Forest. Ce fut l'inverse.

En début de soirée, l'ami Joey, inaudible, essoufflé, nous a déçus. Certes, il y eut des remous dans le Parc Astrid et l'ambiance y était. Mais rien de comparable à notre dernière rencontre ardente avec le BOSS. De son côté, en dépit de la pluie, 50Cent a livré une solide prestation sur la même estrade quelques heures plus tard. Un show à l'américaine, mais sans bling-bling ni go-go danseuses aux larges booty. On y a redécouvert un artiste détendu et proche de son public. Sympa, quand il offre sa précieuse casquette à celui des premiers rangs qui lui a prêté ses lunettes de soleil. Drôle, quand il demande et enfile le survêtement jaune fluo d'un des membres de la Croix Rouge. Presque touchant, quand il invite deux petits kets – pas prêts de s'en remettre – à venir rapper un morceau avec lui devant des milliers de festivaliers. L'armoire à glace s'est changée en nounours bodybuildé. Parfois, les clichés ont la vie dure. Joey, occupé à chiller backstage avec les Brigitte et leur disque d'or, aurait eu à apprendre d'une telle leçon de générosité. Et le défilé de vedettes de continuer...

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