Musique / Festivals

Cent nonante-neuf Belges sur 200 n'étaient pas au Stade Roi Baudouin ce vendredi. Les 50000 autres (parmi lesquels une masse incalculable d'Anglais) accrocheront à leur palmarès le concert de l'année, première séance européenne du «Vertigo Tour». Première si l'on excepte la répétition générale de jeudi soir dont auront bénéficié les riverains bruxellois du Stade -à qui le groupe a fait parvenir une lettre d'excuses signée. Mais difficile de mettre dans le même sac une séance ultra-privée et, à 24 heures d'intervalle, sa réplique devant cinq dizaines de milliers de personnes.

Pas de quartier pour The Thrills et pour les Snow Patrol, dont les rafraîchissantes premières parties ne souffrent aucun rappel possible: à 21h30, la nuit ne s'est toujours pas abattue sur le stade quand Bono en tête, ses acolytes à sa suite, prennent d'assaut le territoire scénique, que le leader parcourt pendant que ses quatre acolytes rejoignent leur place. Dans le pas, dans l'attitude, le spectacle a déjà commencé, alors que la première note n'a pas encore retenti. Elément de relative surprise: le plateau scénique n'est pas celui utilisé pour la partie américaine de la tournée, qui sentait le réemploi de la tournée «Elevation «. L'arc de cercle s'est brisé et ouvre sur deux pinces de crabe, dans la prise duquel sont pris 1500 privilégiés. On devine que Bono prendra un malin plaisir à les arpenter.

Gigantesque machine

«Vertigo» et «Until The End Of the World» : en deux coups de massue, U 2 a déjà accompli l'essentiel, avec son entrée en matière: faire succomber la Belgique et lui donner raison d'avoir rallié le nord de la capitale en cette fin de semaine. Lui donner raison, aussi, d'avoir malmené son portefeuille et de continuer à le faire de plus belle. Les riffs saturés de The Edge ne feraient-ils pas l'affaire, lourds de senset d'échos? Adam Clayton, Larry Mullen Jr et Bono en font un maximum pour soulever le stade. La machine U 2 est impressionnante, gigantesque, et tout démesuré: depuis cet écran vraiment très géant -et belge- qui s'élance jusqu'au toit du stade jusqu'à la paroi d'enceintes. Comment tout le reste ne paraîtrait-il pas minuscule, les quatre de U 2 y compris?

Charisme

Ceux-ci, il est vrai, ont l'avantage des chansons dantesques «Elevation», «New Year's Day», et d'un chanteur prédicateur, tour à tour tragédien classique (pour «City Of Blinding Lights»), pirate révolutionnaire («Sunday Bloody Sunday»), chaman (pour «Bullet The Blue Sky»), toujours personnage habité et charismatique. A un vrai et grand concert, où l'émotion n'en finit pas de passer, malgré le gigantisme, U 2 joint la dimension visuelle: les écrans n'en finissent plus d'être sollicités pour transmettre le message conscientisateur (et l'appel à envoyer un SMS au profit de l'Afrique) du groupe. Dont le leader chanteur n'a pas oublié, entre deux serrages de main à Louis Michel et au président de la Commission Durao Barroso, son métier de chanteur. D'immense chanteur, sans égal en ce monde.

© La Libre Belgique 2005