Leonard Cohen, une existence de confidences

Dès les premiers mots du premier titre de "Popular Problems", l'album des 80 ans de Leonard Cohen, la revoilà : cette impression de retrouver un vieil ami et ses confidences, glissées d'une voix de basse toujours plus grave à mesure que passent les ans.

Marie Baudet
Leonard Cohen, une existence de confidences

Dès les premiers mots du premier titre, la revoilà : cette impression de retrouver un vieil ami et ses confidences, glissées d'une voix de basse toujours plus grave à mesure que passent les ans.

"Slow", avec sa rythmique efficace et binaire, ses claviers un peu kitsch qui sont comme une signature depuis les années 80 et le jalon "I'm your man", donne le ton, dans une espèce d'autoportrait empreint de fatalisme et de dérision.

Identité, familiarité, étrangeté

Deux ans après "Old Ideas" (sorti en janvier 2012) et dans son sillage musical - également produit par Patrick Leonard - "Popular Problems" développe en neuf titres un univers très en adéquation avec le Leonard Cohen qu'on côtoie depuis toujours. Sans révolution, pas sans surprise.

Synthés et chœurs demeurent, question d'identité. Et malgré eux, voire avec eux, les arrangements vont vers l'épure, que souvent sous-tend une basse entêtante, efficace.

Premier simple disponible à l'écoute (via YouTube ou leonardcohen.com, les paroles s'affichant à la manière d'un karaoke), "Almost like the blues" renvoie presque illico à "The Future" (1992), ici décliné au passé, regard d'un ancien sur le monde et le siècle qu'il a traversés, avec une douceur nappée de piano où parfois étincelle, au loin, un éclat de cuivre.

C'est sans doute l'élément le plus neuf, le plus surprenant de ce treizième album studio : une affirmation acoustique, avec notamment le violon de l'incroyable Alexandru Bublitchi sur "Samson in New Orleans", "Did I ever love you", "You got me singing".

Surprises encore : les tonalités country blues, sur "Did I ever love you", "My Oh My" (avec son côté rengaine, et le joli contraste de la trompette et de la guitare), ou "Nevermind" associant spoken word et percussions tandis qu'une mélopée en arabe surgit parmi les backing vocals habituels.

Mystique désinvolte, vieux sage souriant

Né le 21 septembre 1934 à Montréal, dans une famille juive de la classe moyenne, Leonard Norman Cohen publie ses premiers poèmes dans une revue de l'université McGill. Homme de plume et de mots avant d'être compositeur-interprète, il brasse depuis toujours ses thématiques séminales : la religion, la politique, la guerre, l'amour. Formules et figures sont sa tranquille force, qu'épaule un sens aigu et pourtant désinvolte de l'allitération, du cycle rythmique, de la scansion poétique.

La mystique de Cohen, en filigrane de tout son parcours - du jeune poète s'installant sur une île grecque dans les années 60 au chanteur ordonné moine bouddhiste en 1996, jusqu'au crooner dandy et toujours auteur d'aujourd'hui -, se glisse encore ici, notamment dans "Born in Chains".

La ballade "You got me singing" clôt l'album sur une pirouette de vieux sage au sourire en coin oscillant, d'autoréférence en autodérision, entre jolis doutes et déchirantes convictions.

Leonard Cohen, "Popular Problems", un CD Columbia/Sony. Sortie officielle le 19 septembre. A précommander en cliquant ici

Voir aussi "Leonard Cohen par lui-même", Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal, Le Cherche Midi, 416 pp., env. 18 €.


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