Musique / Festivals

Nous sommes lundi, les Ardentes, c'est fini...Comme à chaque fin d'étape majeure, est venu le temps de chasser la redescente nostalgique mais surtout de dresser le bilan. Et celui de ce cru 2018 passe plutôt bien pour les organisateurs. Le festival liégeois a franchi un nouveau pallier cet été en établissant un nouveau record d'affluence, et poursuit se faisant le travail fourni en amont et la consolidation douce mais de plus en plus sûre de sa déjà très bonne réputation. Cette année, la grand-messe hip hop des bords de Meuse a attiré quelque 25 000 curieux chaque jour aux portes de son site, et peut donc brandir une audience cumulée de 100 000 festivaliers.

Si cette treizième édition fut une fois encore satisfaisante côtés logistique et organisation, au rayon des notes aussi, les raisons de se réjouir furent légion. On retiendra surtout le nom de Damso vendredi, la prestations de son ami Krisy et la victoire des Diables rouges vendredi, les visites respectives de Sopico, Juicy et Orelsan samedi, et enfin le passage compliqué d'un Moha La Squale qu'on ne juge pas et que l'on n'arrêtera pas d'aimer pour autant. Le r'n'b et le rap sont plus que jamais reine et roi en pays liégeois. Les mâchoires de certains festivaliers des prémices peinent à se déserrer, mais force est de constater que le changement d'identité opéré par l'équipe en place est réussi et qu'il était plutôt bien inspiré.

Dimanche soir, après la moisson de sourires et de coeurs avec les doigts opéré par notre incontournable fée pop nationale Angèle sous les ramures du Parc, un accident industriel se produsait. Dans la foulée de la blondinette, le patron de la scène britannique Skepta entame son show dans l'indifférence la plus totale et devant une audience cruellement clairsemée… Etrange tableau que celui de ce cador anglais aux soudaines allures d' "artiste-découverte" en showcase au détour des rayons d'un Carrefour. Parmi les quelques rares âmes en présence, l'un ou l'autre fan au regard inquiet et beaucoup de festivaliers par la chaleur anesthésiés… Nous assistons peut-être à une passation de pouvoir. Car, de l'autre côté du site, cela se presse par milliers pour la venue du clan Migos, trio familial d'Atlanta au sommet du rap game commercial américain depuis un petit temps bail déjà. Les chantres et chefs de file d'un tout autre genre de rap, celui de cette nouvelle génération de festivaliers qui ne connaîssent ni ne s'intéressent à Skepta.

Comme lors d'aucun concert ardent auparavant, les infrabasses résonnent et chatouillent les nez d'entrée. Celle des trois acolytes, elle, sera retardée d'une heure finalement, mais dès leur arrivée en piste le retard est déjà pardonné. C'est un peu la folie sur la plage de Wallifornie et les premiers tubes résonnent dans l'allégresse. Quavo, Offset et TakeOff ne sont pas les plus mauvais rappeurs mainstream à playback qu'on ait eu l'occasion de croiser… Pas les meilleurs non plus... Et si la fête est belle, par la distance qui nous sépare de la scène nous sommes frustrés, et pas la poussière volant tant et plus un chouïa asphyxiés. Nous partons donc jeter une dernière oreille sur une légende, qui nous donnait rendz-vous de l'autre côté. Massive Attack, sombre et rampant dans l'obscurité, a été chargé de conclure les débats. Une communion plus qu'une fête avant de tous repartir chez soi.

© Elodie Ledure