Musique / Festivals Deux distributions alternent dans la "Flûte enchantée" de Mozart revu par Romeo Castellucci.

Jeudi, on a pu découvrir la deuxième distribution qui se produit en alternance dans la nouvelle Flûte enchantée de la Monnaie (La Libre du 20 septembre). Occasion de constater qu’on a déjà mieux chanté à l’Opéra national, mais qu’on se réjouit que les chanteurs du cru (qui ne sont pas, loin s’en faut, les moins bons) trouvent de plus en plus souvent leur place sur nos scènes.

Honneur à la Reine de la Nuit puisque Castellucci en fait le personnage clé de son spectacle. Technique virtuose et projection souveraine, Sabine Devieilhe est la seule à se sortir sans encombre du fameux Der hölle Rache, mais son air du premier acte n’est pas irréprochable. De son côté, la Belge Jodie Devos séduit par son timbre fruité, mais la rythmique et l’intonation peuvent encore gagner en rigueur. Pour Sarastro, rien d’exceptionnel, mais on préfère le Belge Tijl Faveyts au Hongrois Gabor Bretz, grave insuffisant.

Avantage aussi au Tamino élégant et raffiné de notre compatriote Reinoud Van Mechelen sur son collègue britannique Ed Lyon, un peu fade. Enfin, entre les deux Pamina belges, la palme ira sans doute à la juvénilité émouvante d’Ilse Eerens : Sophie Karthäuser, qui chantait déjà le rôle à la Monnaie en 2005, a gagné en puissance dramatique, mais la voix est devenue aussi plus lourde.

Papgeno exagère

Parmi ceux qui chantent tous les soirs, on saluera l’orateur de Dietrich Henschel, la Papagena d’Elena Galitskaya (ancienne lauréate du Concours Reine Elisabeth), le Monostatos d’Elmar Gilbertsson ou le Papageno de Georg Nigl. En tout cas au premier acte car, au deuxième, le baryton allemand force la dose dans son comique visuel entre De Funès et Mr. Bean.

Dans la fosse, Antonello Manacorda confirme les qualités de netteté et d’énergie déjà montrées dans Foxie et Lucio Silla. Cette fois cependant, le chef italien ne semble pas toujours parfaitement en lien avec les chanteurs sur scène : petits décalages çà et là, et tendance récurrente à laisser recouvrir certains moments vocaux par l’orchestre.