Musique / Festivals

Stereolab

Margerine Eclipse

Qu'espérer d'un groupe comme Stereolab au dixième album, et surtout après un standard comme «Emperor Tomato Ketchup» (1996)? Un plaisir à la subtilité toujours renouvelée, par exemple. Enregistré dans le studio personnel du groupe, Instant 0, au nord de Bordeaux, après la mort accidentelle de la chanteuse Mary Hansen, «Margerine Eclipse» ne porte pas de séquelles de cette disparition, même si l'absence de cette voix se fait parfois sentir. Le ton est bien celui de Stereolab, avec ce détachement apparent qui résulte d'une implication méticuleuse. Cultivant les sonorités à l'ancienne, de synthétiseurs analogiques par exemples, avec des harmonies vocales éthérées et un sens du rythme groové, le groupe londonien élève une fois encore très haut les standards de la pop. (D.S.)

1 CD Elektra 62926, Warner.

André Bourgeois / Mano Bap

Alta Fidelidade

Le Brésil n'allait pas se laisser larguer loin des courants musicaux agitant la planète, courants dont il est lui-même, souvent, l'initiateur. Au pays où la fusion est reine, la brûlante actualité et la tradition, l'électro et l'acoustique ne pouvaient que finir par s'entendre. Comme s'entendent, autour de leurs ordis à Sao Paulo, le Suisse André Bourgeois, pianiste, guitariste, et le Brésilien Mano Bap, guitariste, bassiste, claviériste. Enregistrant les instruments dont il travaille ensuite les sons, le duo crée de nouvelles connivences entre le jazz et les rythmes populaires brésiliens, le tout animé d'un groove, voire d'un swing mobilisateur. Plus que la pure émotion, la sensualité transpire tant des pièces originales que de reprises comme «Aquarela do Brasil» ou «Berimbau». (D.S.)

1 CD Iris 3001 876, Harmonia Mundi

Little Feat

Highwire Act / Live in St. Louis

Typique des années septante, Little Feat fait partie de ceux qui ne doivent leur survie qu'à leurs prestations scéniques. Cette survie était d'autant plus hypothétique que le leader du groupe, Lowell George, est mort en 1979. Reformé fin des années 80, Little Feat est à la hauteur de sa réputation, basée sur une totale maîtrise instrumentale bien utile lorsqu'on conçoit le rock comme il se pratiquait en Californie à l'époque, cool et pas trop dérangeant. Par moment proche de Steely Dan par la recherche de perfectionnisme comme par le son, le groupe de Los Angeles puise de façon très plaisante à tous les courants: blues, country, boogie, musique cajun, etc. Du bon roots bien fait. (D.S.)

1 CD Hot Tomato/Eagle 278. Disponible aussi en DVD EREDV 364, PiaS.

Joss Stone

The Soul Sessions

Depuis quelques semaines déjà, «Fell in love with a Boy", reprise détournée des White Stripes, incurve souplement les ondes radios. L'album est de la même trempe. Seize ans, Anglaise du Devon et... blonde, Joss Stone aurait pu être clonée de Britney Spears, mais elle préfère briguer le poste de Carla Thomas ou d'Aretha Franklin. C'est sûrement plus ambitieux, et la petite Joss a tout ce qu'il faut pour s'en approcher: une voix puissante, sexy et pleine de feeling. Elle ne s'est pas trompée quant à la direction à prendre pour ces «Soul Sessions»: Miami, Philadelphie et New York, avec des vieux de la vieille de la soul, Betty Wright et Steven «Funkytown» Greenberg, mais aussi... Angie Stone. Gorgée de gospel et de groove, cette soul retrouve la beauté originelle. (D.S.)

1 CD Virgin 97153, EMI.

Grant Green

Grantstand

Troisième album du guitariste de St Louis Grant Green, «Grantstand» présente une distribution peu commune, tant chez Blue Note qu'en jazz: Yusef Lateef au saxe ténor et à la flûte, Jack McDuff à l'orgue et Al Harewood à la batterie. Pas de basse donc dans cette formation qui, on l'aura compris, en cette année 1961, est nettement orientée soul jazz. Ces cinq titres ont été enregistrés en... un jour, le 1er août, chez Rudy Van Gelder comme il se doit. Grant Green fait parler toute sa sensibilité dans sa reprise de «My Funny Valentine», tandis que sa vélocité a tout le loisir de s'exprimer sur «Grantstand». Un de ses terrains de prédilections, le blues «In Maude's Flat» libère un beau feeling, auquel tous les accompagnateurs se dévouent comme des chevaliers servants. Yeah! (D.S.)

1 CD Blue Note 91723, EMI.

Saint-Saëns, Franck, ... Pièces à deux pianos

Chevalier, Van Immerseel

Jos Van Immerseel collectionne les pianos anciens, et c'est donc sans difficultés qu'il propose sur ce disque un récital à deux pianos Erard, l'un de 1897 et l'autre de 1904. Avec la complicité de Claire Chevalier, le bouillant directeur de Anima Eterna propose une série d'oeuvres originales ou transcrites qui ont Paris pour centre. Sont ainsi joués avec esprit et élégance Saint-Saëns (un arrangement de la «Danse macabre» et des variations sur un thème de Beethoven), César Franck (le célèbre prélude, fugue et variation op. 18), Poulenc (l'élégie en accords alternés, un capriccio d'après «Le Bal masqué» et bien sûr l'«Embarquement pour Cythère» et, plus rare, l'Espagnol Manuel Infante, émigré à Paris dont on découvrira ici trois danses andalouses. (N.B.)

1 CD ZZT 030903, 1 h. 1 min 1 sec., Harmonia Mundi

Sergei Rachmaninov, Concertos pour piano 1 et 2

K. Zimerman, S. Ozawa

«On ne joue pas les concertos de Rachmaninov, on les vit»: sous cette pensée aux allures de slogan publicitaire - mais l'artiste est sincère, et n'est pas de ceux qui cèdent aux formules faciles -, Krystian Zimerman lègue pour la première fois au disque deux concertos du célèbre compositeur romantique tardif. Le Polonais connaît pourtant depuis longtemps les oeuvres du Russe, puisqu'il les joua avant même d'avoir vingt ans. Il avait toutefois souhaité attendre encore avant de les graver, tout comme il se refuse encore à enregistrer le troisième. Visions mûries donc, intenses aussi, que celles livrées ici avec l'Orchestre de Boston et Seiji Ozawa. Mais il y a en déjà tant d'autres qu'on mentirait en parlant ici de révolution ou de révélation. (N.B.)

1 CD DG 459 643, 1 h. 2 min 19 sec., Universal.

Claudio Monteverdi, Il Ritorno d'Ulisse in patria

William Christie

En juillet 2000, un spectacle donné dans le petit écrin du théâtre du Jeu de Paume bouleversait le public du Festival d'Aix: «Le Retour d'Ulysse dans sa patrie» dirigé par William Christie avec une troupe de jeunes chanteurs d'où émergeait le bouleversant couple Kresimir Spicer (Ulysse) et Marjana Mijanovic (Pénélope), dans une mise en scène d'Adrian Noble, ancien directeur artistique de la Royal Shakespeare Company.On retrouve avec joie cette production empreinte de simplicité et d'humanité, jouée sur la terre battue avec une direction d'acteurs au cordeau.

Ce DVD filmé lors des reprises de 2002 est à mettre parmi les plus beaux fleurons de la discographie monteverdienne. (N.B.)

1 DVD Virgin 490612, 2 h 54 min, EMI.

William Williams, Musique instrumentale

Camerata Köln

On ignore tout de William Williams, ou presque. Inconnue, sa date de naissance: on sait juste qu'il fut nommé «Musician in Ordinary» de la chapelle royale d'Angleterre en 1695, pour mourir à peine six ans plus tard. C'est du moins ce que l'on présume, sachant qu'un concert fut donné en 1701 au profit de sa veuve et de ses orphelins.

La Camerata Köln propose ici une intégrale de sa musique instrumentale qui remplit à peine un CD. L'essentiel est constitué de son opus1, un recueil de six sonates dont la moitié pour deux flûtes à bec et l'autre moitié pour deux violons, chaque fois avec basse continue. On pense à un Purcell mâtiné d'influences italiennes. (N.B.)

1 CD CPO 999 813, 48 min 28 sec., Codaex.

Marin Marais, La Gamme

Fernandez, Hantaï, Pierlot, Weiss

Quatre musiciens partageant le talent et la maîtrise et l'esprit d'invention, François Fernandez au violon, Pierre Hantaï à la flûte, Philippe Pierlot à la basse de viole, Kenneth Weiss au clavecin, jouent «La Gamme», composée par Marin Marais peu avant sa mort, une «pièce de symphonie qui monte insensiblement par tous les tons de l'octave et que l'on descend ensuite en parcourant ainsi par des chants harmonieux et mélodieux tous les tons différents de la musique». Une gamme pensée dans ses moindres détails mais renvoyant les interprètes à leur créativité d'artiste. Tout comme la sonate «À la Marésienne» et la fameuse «Sonnerie de Sainte Geneviève». Rayonnant de vie, de trouvailles sonores et de sensualité. (MDM)

1 CD Flora, 0603 - www.kelys.org

© La Libre Belgique 2004