Musique / Festivals

Univers Zero

Live ***

Premier album en public en... 30 ans pour Univers Zero, et coup de maître. L'un des rares groupes belge sous contrat avec une étiquette américaine, le combo conduit par le batteur -compositeur Daniel Denis a bien évolué, et ce «Live» aux Halles de Schaerbeek et au Triton (Les Lilas, France) reflète ce riche parcours.

Musique instrumentale, elle doit autant au classique qu'au rock, avec des arrangements incluant basson, clarinettes, cor, hautbois. Est-ce dû aussi à la présence de Peter Van Den Bergh, issu de la mouvance avant-gardiste (X-Legged Sally, etc.)? L'esprit du jazz mais aussi des musiques traditionnelles plane sur Univers Zero, qui donne ici, avec enthousiasme, la mesure de ses immenses possibilités. (D.S.)

Cuneiform Rune 220.

www.univers-zero.com

En concert le 20 janvier au Théâtre de La Louvière

Dayna Kurtz

Another Black Feather ***

L'extraordinaire chanteuse et guitariste folk-blues américaine est de retour avec un album d'une étonnante tenue. Dayna Kurtz a écrit la plupart de ces chansons, brûlant hommage à La Nouvelle-Orléans («the greatest city in America»), à un amant sud-américain et à ses racines juives d'Europe de l'Est («It's the Day of Atonement, 2001). Est-ce de ses parents immigrés de Pologne et de Russie qu'elle a hérité ce sens du voyage qui parcourt toute sa musique? Même en crooneuse sur un thème de Johnny Cash («All Over Again»), ou en solitaire mystique avec une chanson de Bill Withers (intéressante inversion des rôles), Kurtz promène le monde dans sa voix, qui vient se briser par vagues sur les rochers de l'existence. (D.S.)

1 CD Munich 271. En concert le 24 janvier à l'Arenberg Schouwburg à Anvers.

Ike Quebec

Complete Blue Note 45 Sessions ****

Un disque à mettre entre les oreilles de tous ceux qui pensent que le jazz se prend la tête. Non qu'Ike Quebec ait fait de quelconques concessions dans l'enregistrement de ces thèmes destinés aux 45 tours des juke-boxes de l'époque (1959-1962), mais, de par l'étroitesse du format, la musique est obligée à la concision et à l'efficacité. Curieux destin que celui de Quebec, saxophoniste ténor qui a très vite trouvé sa voix, mais qui a interrompu sa carrière pour travailler comme directeur musical chez Blue Note, où il a fait entrer Thelonius Monk et Bud Powell. Réunissant 26 thèmes parmi lesquels quelques standards, cette compilation pleine de swing festif offre bien des rythmes à danser, dont quelques ballades bien crapuleuses. (D.S.)

1 double CD Blue Note 11444, EMI.

Johann G.Conradi, Ariadne

P.O'Dette, S.Stubbs ***

On sait que Telemann domina longtemps la vie musicale de Hambourg et notamment le théâtre du Gänsenmarkt, mais c'est un opéra antérieur à ce règne que propose ici une équipe du festival de musique ancienne de Boston: «La belle et fidèle Ariane» (1691) de Johann Georg Conradi, né vers 1645 et mort en 1699. L'oeuvre mêle influences françaises, italiennes et allemandes dans une étonnante modernité de structure et d'écriture et avec un superbe sens mélodique. Excellent orchestre codirigé par le théorbiste Paul O'Dette et le luthiste Stephen Stubbs, et distribution avec pas mal de points forts (Karina Gauvin dans le rôle titre, le contre-ténor Matthew White ou le ténor Jan Kobow) et quelques points faibles (la soprano Barbara Borden). (N.B.)

3CD CPO 777073, 2h 55min. 44sec., Codaex.

J.S.Bach, Double concertos

Akademie für Alte Musik **

Pour son nouveau disque -sans chef d'orchestre- consacré à Bach, l'Akademie für Alte Musik de Berlin a sélectionné trois «doubles concertos» : le concerto BWV 1057 pour clavecin et deux flûtes à bec réalisé par Bach au départ du quatrième Brandebourgeois, le concerto pour deux clavecins BWV 1062 transcrit du concerto pour deux violons BWV 1043 et une reconstruction (violon et hautbois) de la possible version originale du concerto pour deux clavecins BWV 1057. S'y ajoute une autre reconstitution, pour violon seul cette fois, du concerto pour clavecin BWV 1052. L'interprétation est globalement de haut niveau, mais on pourra être gêné par le parti pris de rugosité du violon soliste de Midori Seiler, voire par certaines accentuations insistantes. (N.B.)

1CD Harmonia Mundi HMC 901876, 1h 3min. 35sec.

Arvo Pärt, Lamentate

A.Lubimov, A.Boreyko ***

Loin des dogmes et de la musique politiquement correcte, Pärt poursuit avec opiniâtreté son parcours de créateur atypique mais redoutablement séduisant. Nouvelle preuve avec ces 2 nouvelles oeuvres évoquant la mort: le bref «Da pacem Domine» pour solistes a cappella (2004) interprété par le Hilliard Ensemble, et le monumental «Lamentate» composé en 2002 en hommage à Anish Kapoor et sa sculpture «Marsyas» : pas un concerto, mais un impressionnant poème symphonique avec piano obligé mais aussi cuivres stridents, oscillant entre intimisme éthéré et grandeur, voire grandiloquence. Passionnant, attachant, émouvant et superbement interprété par Alexei Lubimov au piano et l'Orchestre de la Radio de Stuttgart dirigé par Andrey Boreyko. (N.B.)

CD ECM 1930, 42min 44sec, Universal.

Jean-Sébastien Bach, OEuvres pour clavecin

Wanda Landowska *

Est-on encore dans la musique, déjà dans la musicologie, voire même dans l'archéologie? Pianiste de formation et Polonaise de naissance, Wanda Landowska (187-1959) se consacra à la renaissance de la musique ancienne en se faisant fabriquer un grand clavecin de concert par la maison Pleyel. Réalisés entre 1945 et 1957, les enregistrements repris ici (dont la première intégrale au disque du Clavier bien tempéré) semblent parfois plus anciens encore tant le son de l'instrument est loin de ce que nous avons pris l'habitude d'entendre en la matière et que certaines afféteries d'interprétation paraissent dépassées. Pourtant, çà et là, la force de la musique et la personnalité de l'interprète font naître un espace de lumière poétique. (N.B.)

7CD RCA Red Seal82876-67891, 7h 22min. 17sec., Sony/BMG.

Marc Antoine Charpentier, Te Deum, Messe pour plusieurs instruments

Jean Tubéry ***

Aux côtés du célèbre «Te Deum» -dont le Choeur de Chambre de Namur, les Agrémens et quatre solistes menés par Claire Lefiliâtre donnent ici une version à la fois fastueuse et mesurée-, Jean Tubéry a rallié sa Fenice pour une oeuvre surprise, aussi captivante sur le plan musical que musicologique. La «Messe pour plusieurs instruments au lieu des orgues» pourrait n'être qu'un exercice de style -ce qu'elle est, objectivement, compte tenu des circonstances de sa composition- si Tubéry n'y avait pas placé tout son savoir, notamment organologique, et son inspiration. Fabuleuse sur le plan des timbres -c'est tout Charpentier-, cette messe se suit comme un polar. L'excellent livret donne les clefs du mystère... (MDM)

1CD Ricercar, RIC 245

© La Libre Belgique 2006