Musique / Festivals

J. Favreau et J.-J. Franchin

Salut Brassens (Vol. 2)

Sur papier, Joël Favreau est parmi les musiciens les plus autorisés à fréquenter l'univers d'un Brassens qu'il a accompagné à la guitare. Cela en fait-il pour autant un digne et original interprète? C'est cependant le cas. Pour ce faire, Favreau aborde le répertoire en toute simplicité, sans s'accrocher à la personnalité du maître. Dans «La première fille», il prononce même «Waterloo» avec «w» et pas «v». Et puis le guitariste chanteur a la bonne idée de s'adjoindre Jean-Jacques Franchin et son accordéon, instrument globe- trotter par excellence. Brassens en Amérique du Sud, en Europe de l'Est et du Sud ou à la Réunion, il ne dit pas non. Pour la mise en musique de ses poèmes, «L'arc-en-ciel d'un quart d'heure» et «C'était un peu leste», il opinerait du chef aussi. (D.S.)

1 CD Le Chant du Monde 2741257, Harmonia Mundi

Lambchop

Aw C'mon/No, You C'mon

Lambchop n'est jamais décevant. Ce coup-ci, le groupe alternatif de Nashville (cela existe) publie non pas un double album, mais deux disques à la fois. L'un d'eux commence par un instrumental avec les cordes du Nashville String Machine (!). Très diversifié, à la fois country, rock et pop, l'ensemble tient les chemins de traverse. A la tête de son combo, Kurt Wagner fait parfois penser à un Cat Stevens au bout de son flacon de Southern Comfort («There's Still Time»), à un Paolo Conte réveillé par sa cigarette consumée («Four Pounds in Two Days»), ou à un Randy Newman surdéprimé («Haven't Heard a Word I've said»). Cela fait donc plaisir de retrouver un Lambchop au mieux de sa forme. (D.S.)

2 CD Labels 595 891 et 595 892, Virgin/EMI.

Lambchop en concert à Werchter le permier week-end de juillet.

Takashi

Storm Zone

L'on ne sait pas encore grand-chose sur ce jeune pianiste japonais, mis à part le fait qu'il est né le même jour que Mozart, mais il n'y a que 17 ans. La méfiance de mise devant un tel «jeune prodige» est vite balayée par une écoute sans préjugés. Takashi Matsunaga n'a pas tendance à la ramener, mais semble vivre la musique dans toutes ses nuances émotionnelles. Il admet l'influence subconsciente d'un Michel Petrucciani qu'il a beaucoup écouté, influence allant largement au-delà d'une main gauche rythmiquement élaborée: il y a chez Takashi une véritable jubilation lyrique, doublée d'un grand sens de l'écriture, toutes qualités que Daiki Yasukagawa, basse, et Junji Hirose, batterie, contribuent à épanouir. On n'a sans doute pas fini d'entendre Takashi Matsunaga. (D.S.)

1 CD Blue Note 596 795, EMI.

The Indigo Girls

All That We Let In

Absolument pas à bout de souffle après 20 ans de carrière, et ce malgré un passage à vide au milieu des années nonante, les Indigo Girls reviennent avec un album drôlement bien fichu dans sa simplicité. Le duo formé par Emily Saliers et Amy Ray est basé sur une complémentarité de personnalités réunies par la complicité. Alors qu'Emily fait tout dans la nuance, Amy s'impose comme une fonceuse, quitte à inviter... Joan Osborne à l'accompagner. Pas de problème, tout cela se fond dans une musique souvent tendre, parfois sautillante («Heartache For Everyone»), non exempte de bons sentiments, certes, mais touchante au bout du compte. A leur duo de guitares, une adjonction parcimonieuse d'orgue, de piano ou de pedal steel guitar apporte un fini appréciable. (D.S.)

1 CD Epic 515144, Sony.

Manou Gallo

Dida

Bassiste, percussionniste, chanteuse et danseuse, Manou Gallo a longtemps collaboré avec le groupe ivoirien Woya, puis, en Belgique, avec Zap Mama. Forte de cette expérience, elle publie un premier disque à son nom, «Dida», qui est aussi sa langue maternelle, celle du peuple Djiboi, dans le centre-ouest de la Côte d'Ivoire. En compagnie de musiciens expérimentés, elle n'est pas seule sur l'affaire, les amies de Zap Mama, Marie Daulne et Sabine Kabongo, venant faire les jolis choeurs. Au-delà de ces harmonies enchanteresses et de belles mélodies, l'Ivoirienne est passionnée par le rythme, et cela ressort aussi très fort de ces musiques inspirées par l'Afrique et par Divo, ville natale de Manou, alors que sa basse claque funky, donnant un solide groove à l'ensemble. (D.S.)

1 CD Culture 1025, Culture Records.

Luigi Cherubini, Quatuors à cordes

Hausmusik

CPO réunit en un coffret de 3 CD les trois disques parus précédemment de 1998 à 2001 avec les six quatuors à cordes de Luigi Cherubini, compositeur bien plus connu pour sa musique vocale (sacrée ou lyrique) que pour sa musique de chambre. Composés entre 1814 et 1837, soit à un moment où le compositeur avait déjà fait ses preuves dans d'autres domaines, les quatuors de Cherubini restent formellement très proches de ceux de Haydn, de Mozart et des deux premières périodes de Beethoven.

Classicisme au menu donc, restitué ici ave un sens aigu de l'équilibre par les instruments anciens de Hausmusik, l'ensemble fondé par et autour de la violoniste Monica Huggett.(N.B.)

3 CD CPO 999 949, 3h. 1 min 48 sec., Codaex.

Salvatore Sciarrino, Luci mie traditrici

Tito Ceccherini

On a pu voir à la Monnaie voici deux ans une mémorable production (signée Kazushi Ono et Trisha Brown) de «Luci mie traditrici», opéra court mais intense de Salvatore Sciarrino puisant dans le madrigal italien de la Renaissance le matériau d'un langage musical contemporain éminemment original.

Réalisé en public au festival d'Erl en 2002, cet enregistrement en public réalisé sous la direction de Tito Ceccherini (un disciple de Gustav Kuhn) permet de retrouver l'oeuvre au disque. Avec une lettre du compositeur qui définit ses objectifs: une musique naturelle, un chant expressif qui ne regarde pas en arrière et un théâtre dont le style n'est ni générique ni rhétorique.(N.B.)

1 CD Stradivarius STR 33645, 1 h. 10 min 7 sec., Lavial.

Claudio Monteverdi, Selva morale e spirituale

Françoise Lasserre

La «Selva morale et spirituale» est un extraordinaire recueil d'oeuvres de diverses formes qui a déjà été enregistré plus d'une fois intégralement. La démarche de Françoise Lasserre (qui a adjoint à son ensemble Akadêmia les forces instrumentales de La Fenice de Jean Tubéry) est un peu autre, puisqu'elle propose trois programmes de Vêpres constitués essentiellement d'extraits de la «Selva» (mais pas tous) mais aussi d'autres oeuvres (de Monteverdi ou de son successeur Rovetta).

Résultat éminemment cohérent et soigné, excellent soutien instrumental, direction plus contemplative que dramatique, on regrettera seulement quelques voix solistes à l'intonation incertaine. (N.B.)

3 CD Zig Zag Territoires ZZT 031101, 3 h. 44 min 15 sec., Harmonia Mundi.

Alessandro Scarlatti, Il giardino di rose

Ottavio Dantone

On avait pu le remarquer en accompagnateur actif du dernier disque d'Andreas Scholl: l'Accademia Bizantina d'Ottavio Dantone est un nouvel ensemble d'instruments anciens avec lequel il faudra compter à l'avenir. Ils proposent cette fois un programme entièrement consacré à Alessandro Scarlatti : concertos pour clavecin (dont Dantone lui-même assume les parties solistes) et symphonie d'ouverture de divers oratorios, dont ce «Jardin des Roses» qui donne son titre à l'album.

Un disque bien équilibré, interprété avec verve et compétence et reposant sur un travail musicologique très abouti, les concertos ayant dû être reconstruits. Mais attention les textes du livret (en anglais) ne sont pas traduits. (N.B.)

SACD Decca 470 650, 1 h 15 min 13 sec., Universal.

Franck, Lekeu Sonates pour flûte et piano

Grauwels, De May

Deux sonates emblématiques de la fin du XIXe siècle, l'une du maître, César Franck, l'autre du disciple, Guillaume Lekeu : si la première comporta d'emblée une ouverture à la flûte, la seconde la doit au flûtiste Marc Grauwels, qui élargit d'autant le patrimoine de son instrument. Au-delà de l'intérêt de cet effectif nouveau, la version qu'en offrent les deux musiciens vaut par son mélange de dynamisme et de sensibilité. Le piano bondissant - parfois débridé - de Stéphane De May ne laisse à Grauwels aucun répit et évacue toute mièvrerie. Et si la flûte, subtilement phrasée (mais cuivrée...) dans les mouvements lents, peine ou se détimbre là où le mouvement s'emballe, le duo s'impose par sa conviction et son unité.(MDM)

1 CD Syrinx Records, 64 min. 11 sec., 200 302

© La Libre Belgique 2004