Musique / Festivals

Louis XIV

Best Secrets Are Kept, ***

C'est la sensation du moment à San Diego, Californie, où des repros de leur pochette bien cambrée figurent en bonne place chez tous les disquaires. Les quatre gars du cru le disent eux-mêmes: «God Bless The Kinks and the music from Big Pinks» («Ball of Twine»). Leur rock, ils le puisent dans le glam et l'influence des Kinks se mêle à celle de T-Rex ou de Bowie («Paper Doll», «A Letter to Dominique»). «Louis XIV», d'entrée de jeu, résonne comme ce vieux hit T-rexien appelé «Hot Love». A propos de hot, les quatre gamins n'y vont pas par le dos de la cuiller, leurs préoccupations restant calées sous la ceinture, jamais plus haut. Ce n'est pas pour rien que le chanteur de Louis The Fourteen, Jason Hill, se donne parfois des airs à la Jagger. Cela lui va si bien, ce style de décadence affectée mais tellement jouissive. (D.S.)

1 CD Atlantic 93820, Warner Music.

Boubacar Traoré

Kongo Magni, **

Kar Kar qui revient, c'est toujours un grand moment de retrouvailles heureuses. Cette sorte de familiarité avec le public est l'une des caractéristiques de celui qui fut appelé le Presley malien. Les temps ont changé, Boubacar Traoré a approfondi son jeu, ce qui le met en correspondance avec de nombreux autres idiomes. Sa guitare et sa voix ne portent-t-elles pas en elles l'écho de John Lee Hooker ? A moins que ce fût le contraire, allez savoir, avec la musique baladeuse. Appel à la raison et à la paix, à l'amour et à la liberté, hommage à l'indépendance, à l'enfance et aux agriculteurs, défiance par rapport à la jalousie : les thèmes sont classiques à l'Afrique, mais chantés avec quelle chaleur, quelle assurance tranquille par Kar Kar, judicieusement accompagné, notamment d'un harmonica ou d'un accordéon. (D.S.)

1CD Marabi 46809, Harmonia Mundi

Art Blakey and Jazz Messengers

Like Someone in Love, ***

Quand on parle de groove, il faut savoir ce qu'on dit. De bout en bout, cet album des Messengers en est une leçon, à méditer comme à danser. «Like Someone in Love» a été enregistré lors des mêmes sessions que «Night in Tunisia», en août 1960, avec le même quintet qui fut l'un des plus emballants qu'ait dirigé le batteur Art Blakey. L'un des responsables de cette furie est le pianiste Bobby Timmons, maître ès grooves, incontestable incarnation d'un swing communicatif. Au saxe ténor, Wayne Shorter fait non seulement preuve d'une étonnante versatilité, mais surtout il enrichit le répertoire messengerien de quatre compos, dont le magnifique «Noise in the Attic». Le rang des solistes est complété par Lee Morgan, trompettiste d'élite, le tout poussé en avant par Jymie Merritt à la basse et Blakey. Soufflant. (D.S.)

1 CD Blue Note 75337, EMI.

Beck

Guero, **

Tout le plaisir avec Beck tient au fait qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre. L'homme est capable du meilleur - souvent -, parfois du pas terrible, et, la plupart du temps, tout cela tient dans un même disque. «Guero» ne faillit pas à la règle. Beck Hansen y est assez rock, un peu hip hop funky, effrontément électro-rock, détournant Vinicius de Moraes pour mieux le rendre à lui-même («Missing»), picorant des échantillons chez les Beastie Boys, The Temptations, The Ohio Players ou Love Unlimited. Allez! Certains morceaux font très gadget, d'autres - à peine - plus sérieux, des bruitages venant parfois s'insinuer dans une trame acoustico-électronique, entre Prince, The Chemical Brothers et l'harmonica façon Bob Dylan («Hell Yes»). Difficile à suivre? Pas si on se laisse aller, ce qui est chaudement recommandé. (D.S.)

CD Interscope 0602498802878 Universal

Trio Trad

Made in Belgium, ***

En pleine effervescence, l'accordéoniste Didier Laloy publie son deuxième disque en quelques mois. Après le brillant «Invite (s)», voici la formule intimiste du trio, qui comprend Aurélie Dorzée au violon et à l'alto, et Luc Pilartz au violon et à la cornemuse. Le titre «Made in Belgium» ne manque pas de sel, quand on sait que l'inspiration de cette musique vient de Suède ou de Pologne, de Bulgarie ou de Transylvanie, de France et d'Italie (Vivaldi, si si), d'Irlande et du Québec. Cette riche matière est répartie est cinq «suites» thématiques et transfrontalières, prétextes à de belles divagations communes et enlevées, parfois plus réflexive aussi. Les trois comparses se connaissent et savent ainsi mener à bien cette conversation des sens et des âmes qui, quoi qu'il en soit, vous transportera. (D.S.)

1CD Wild Boar Music 21 055.

Erich Wolfgang Korngold, Die tote Stadt

Donald Runnicles, ***

Enregistré l'été dernier au festival de Salzbourg, cette belle version de «Die tote Stadt» est une précieuse contribution à la réhabilitation d'Erich Wolfgang Korngold.

Car, bien qu'il s'agisse du plus connu de ses opéras, la discographie reste en effet limitée entre les versions Leinsdorf (RCA), Segerstam (Naxos) et Latham-Koenig (en DVD, avec le même duo d'amoureux qu'ici).

Outre la splendeur du Philharmonique de Vienne, on admirera la direction à la fois sensuelle et mystérieuse de Donald Runnicles. Et si la voix d'Angela Denoke (Marietta) souffre d'un aigu métallique, Torsten Kerl (Paul) et Bo Skovhus (Frank/Fritz) sont excellents. (N.B.)

2 CD Orfeo C 634 042, 2h 1min 5sec, Codaex.

Grétry, Gossec, Pieltain, Gresnick, Concertos et symphonies concertantes

Guy van Waas, ***

Sous une présentation relookée, Ricercar propose ici quatre concertos ou symphonies concertantes de compositeurs wallons émigrés au XVIIIe siècle à Paris: une symphonie concertante pour violon, violoncelle et orchestre de François-Joseph Gossec, un concerto pour flûte d'André- Modeste Grétry, un concerto pour violon - qui n'est pas sans rappeler ceux de son contemporain Mozart - de Dieudonné Pascal Pieltain, et une belle symphonie concertante pour clarinette, basson et orchestre d'Antoine Frédéric Gresnick. Interprétation raffinée et vive, servie par d'excellents solistes (Cohën-Akenine, Poly, De Winne, Hoeprich, Gower), même si on eût pu apprécier un zeste de vigueur en plus dans la direction de Guy Van Waas. (N.B.)

CDRicercar RIC 242, 58min 42sec, AMG

Pierre Boulez, Sonates pour piano

Paavali Jumppanen, *

A l'occasion des quatre-vingts ans de Pierre Boulez (c'était samedi passé!), Deutsche Grammophon propose dans sa collection de musique contemporaine 20/21 plusieurs enregistrements consacrés à sa musique, dont cette intégrale de ses trois sonates.

Les deux premières, oeuvres de jeunesse (1946-1948), encore marquées par un sens du rythme qui évoque un Messiaen mâtiné de seconde école viennoise, et la troisième (1955-1957), considérée comme oeuvre de la maturité.

Même excellemment interprétée - Boulez lui-même a choisi le jeune Paavali Jumppanen, élève de Zimerman - les oeuvres trahissent un style un peu daté aujourd'hui. (N.B.)

CD DG 477 5328, 1h 9sec, Universal.

Saint-Saëns, Françaix, Milhaud... Musique de chambre française

Lars Vogt, **

On avait déjà vu arriver du festival «Spannungen» (tensions), organisé chaque année dans une ancienne centrale électrique du village de Heimbach (situé dans l'Eifel, non loin de la frontière belge) un disque Brahms bâti autour du pianiste Lars Vogt, qui en est le directeur artistique.

Revoici Vogt et ses complices dans un programme de musique française. On oubliera un «Carnaval des animaux» trop brouillon pour s'imposer dans la discographie pour retenir quelques belles raretés: un divertissement pour basson et cordes de Français, la fantaisie pour violon et harpe de Saint-Saëns, «Scaramouche» de Milhaud ou des raretés de Marcelle Soulage («Légende ") et Roger Boutry («Interférences»). (N.B.)

CD EMI 57798, 1h 7min 52sec.

J.-M.Leclair, Sonates, pour violon et basse continue

Luis Otavio Santos, ***

Né à Lyon, Jean-Marie Leclair (1696-1764) fut d'abord passementier comme son père, puis danseur et maître de ballet avant de se consacrer à la musique où il se révélera un des plus grands maîtres de son époque. Des quatre cahiers de sonates pour violon et basse continue, le quatrième est de loin le plus accompli: outre leur complexité harmonique et leurs exigences techniques, les douze sonates qui le composent livrent une musique pleine d'émotion et d'une audace de forme visionnaire. Ce que traduit avec panache- payé de quelques loupés - et style le violoniste brésilien Luis Ottavio Santos (formé chez Sigiswald Kuijken), entouré de son compatriote Alessandro Santoro au clavecin et du Vénézuélien Ricardo R. Miranda à la viole de gambe. (MDM)

Ramée 1CD 61min 50sec - RAM 0403

© La Libre Belgique 2005