Musique / Festivals

Tout compositeur rêve d’écrire pour orchestre symphonique mais avec quelle probabilité d’un jour pourvoir "s"’entendre ? C’est à cette interrogation que l’association [‘tactus] apporte, depuis 2003, une réponse déterminante. Créé à l’initiative d’une poignée d’acteurs culturels et relayé à un niveau international, [‘tactus] offre, tous les deux ans, à de jeunes compositeurs du monde entier la possibilité de faire lire leur partition par un jury spécialisé, de se faire jouer, le cas échéant, par un grand orchestre - avec échanges avec celui-ci et le chef -, et, pour la meilleure pièce, d’être donnée en public. Jusqu’ici, le projet fut porté par l’Orchestre national de Belgique placé sous la direction de Pascal Rophé et, en 2008, par l’Orchestre national de Lille et Michael Stern. Cette année, le processus a encore gagné en envergure, par l’abondance des partitions (105, trois fois plus qu’en 2003), par leur qualité, leur liberté, leur diversité, et par l’investissement du Brussels Philharmonic : une semaine full time pour mettre au point 6 pièces de 10 minutes en moyenne, cela fait, pour chaque partition, plus de 4 heures de travail mené par des interprètes familiers de la création, à commencer par leur chef, Michel Tabachnik, musicien inspiré, technicien infaillible et communicateur hors pair. Tout ce qui manque si souvent dans la "défense" de cette satanée "musique contemporaine".

Toute la semaine du 17 janvier y est donc passée. Entendre et voir surgir ces partitions fut une aubaine, nous avons ainsi découvert les pièces des deux Belges admis en finale, et pu entendre tout le reste en audio (grâce à Musiq’3), une magistrale leçon d’orchestre.

La pièce "gagnante" (même si [‘tactus] se défend d’être un "concours"), est signée par la jeune Japonaise Yumiko Yokoi, formée à Tokyo et à Paris; elle mêle dans "Memorium II" (donné à Mons ce dimanche) l’extrême sensibilité du détail et la puissance de l’élan, avec une introduction explorant la tonique à travers le chatoiement des timbres, suivie d’un mouvement impérieux procédant par vagues, suspensions, contrastes, jusqu’à une extinction assez subite, dans les couleurs de l’ouverture.

D’un traitement orchestral tout aussi chatoyant mais plus transparent et plus spatialisé, "Yoctodôme" du Belge Adrien Tsilogiannis (28 ans), élève de Daniel Capelletti (et premier prix de violoncelle chez Marie Hallynck) atteste une approche maîtrisée de la grande forme même si "yocto" désigne l’infiniment petit Sa musique, en tout cas, fait travailler l’imagination.

Quant à "Da Polvere a polvere" du Belge Gwenaël Grisi (21 ans), formé à Ransart et à Mons, c’est une merveille de puissance, d’énergie et de sensualité, on y entend un peu de tout (Ravel, Stravinski, Mahler, les rythmes jazzy) mais c’est irrésistible ! Notons qu’en parallèle, Musiques nouvelles et Jean-Paul Dessy ont "mis au monde" les pièces de musique de chambre. Enfin, un rapprochement avec Ars Musica permettra peut-être de faire de [‘tactus] un super-festival de création

Théâtre royal de Mons, 30 janvier à 16h. Avec également Canteloube, Webern et Debussy par le Brussels Philharmonic, Olga Pasichnyk et Michel Tabachnik. Info : 065.39.59.39. Ou : www.lemanege.com