Musique / Festivals

RENCONTRE

Les couloirs du Botanique commencent à s'agiter. Dans les serres, les poissons rouges ont beau ne pas broncher, dès mercredi cela sera une tout autre affaire. Du 17 au 28 septembre débarqueront en effet en masse les noctambules, pour assister à l'une des 48 «cellules-concerts» que proposera le festival: rock, pop, hip hop, chanson, electro... Les Nuits du Bota? Un mélange de genres rafraîchissant, sans queue ni tête. Ou plutôt si, qui prend bien garde justement de stimuler autant le bassin que le cortex. Un festival qui chérit aussi par-dessus tout la notion de proximité. «Artisanal», avait insisté Paul-Henri Wauters à la présentation de l'édition 2003.

Il faut le voir, le programmateur du Botanique, courir à gauche et à droite: là c'est une échoppe à pitas qui pose problème, ici un groupe qui aurait bien voulu inviter des fans backstage... («Impossible, on va se marcher dessus dans les couloirs»). Il faut l'entendre surtout parler avec un enthousiasme contagieux de ces Nuits, de tel ou tel artiste «qu'il ne faut absolument pas manquer», du projet avec la chanteuse An Pierlé au Cirque royal annoncé comme une «gigantesque et euphorique prise d'otage affective». «Mais avec des moyens légitimes et une authenticité sans reproche», précise-t-il.

Colonie belge

Si l'enthousiasme de Paul- Henri Wauters est non feint, le programmateur sait aussi qu'il est peut-être plus que jamais nécessaire. Car l'affiche de ces Nuits du Bota, incontestablement riche et diverse, n'a pas été la plus facile à concevoir. Le but du festival a toujours été la découverte. Mais jusqu'ici, le Bota arrivait toujours à décrocher l'un ou l'autre gros morceau pour tirer l'affiche. C'est moins évident cette fois-ci. «Et visiblement cela le sera de moins en moins. Pour un tas de raisons: liées au marché, au déclin des ventes de disques... Il est vrai que quand on a des grosses «locomotives» devant, il est plus facile de toucher le public, les médias, les sponsors... Ici, la logique change: on a plutôt une série de wagons automoteurs qui se renforcent les uns les autres. Au bout du compte, la puissance globale est sûrement équivalente, mais le travail est différent.»

Effet des vases communicants? Alors que des Placebo, Björk ou Moby ne sont plus là, jamais le contingent belge n'aura été aussi fourni: il constitue près d'un tiers de l'affiche, en majorité francophone, qui plus est. Ça aussi, c'est une nouveauté. «En même temps que le marché international devient plus difficile, il y a un développement remarquable du terrain artistique professionnel local. Le groupe Venus est la tête d'affiche d'une mini-tournée organisée par les Inrocks, Sharko sort un CD génial et joue en Angleterre... Qui aurait imaginé cela il y a quelques années? Le terrain belge francophone se décomplexe.»

Une bonne nouvelle donc. D'ailleurs, en général, les programmateurs étrangers seront présents en masse, annonce Paul-Henri Wauters, et «les courbes de vente sont actuellement plus intéressantes que celles de l'an passé au même moment». Car même si les temps changent, le Bota garde son atout majeur: «On a une philosophie qui peut paraître un peu à l'ancienne mais qui va très vite s'imposer comme très moderne: la musique s'écoute à proximité.» Les Nuits Botanique? C'est arrivé près de chez vous.

© La Libre Belgique 2003