Musique / Festivals À Bozar, la star chante, joue et fait jouer Vivaldi.

Chaque année, le passage de Cecilia Bartoli à Bruxelles annonce l’arrivée de l’hiver. Mais, mardi soir, dans une salle Henry Le Bœuf pleine à craquer comme de coutume, la star italienne la jouait totalement météorologique avec l’aide des Quatre saisons. Il faut dire que, 19 ans après son premier album Vivaldi - 700 000 exemplaires vendus et un véritable boulevard pour la résurrection des opéras du Prêtre Roux -, Bartoli publie aujourd’hui un nouvel album Vivaldi. Mélange à nouveau d’airs virtuoses, combattants ou jubilatoires, et de lamentos poignants, le nouveau disque comme l’ancien offraient la base d’un programme entrecoupé de mouvements épars des quatre fameux concertos.

Professionnalisme et talent

Entrecoupé, ou tissé ? L’art du chef Gianluca Capuano et de Bartoli est de tout enchaîner, quitte, pour les musiciens, à improviser des transitions. Pas de temps mort et, du coup, pas d’espace pour des applaudissements intempestifs ou des concerts de raclages de gorges (il y en aura quand même !). Le pasticcio fonctionne bien, et Bartoli joue le jeu : là où tant de divas retourneraient dans leur loge pendant que l’orchestre assure les pauses instrumentales, elle reste sur scène, humblement assise à l’arrière. Mais quand elle monte à la rampe, c’est la fête.

Fête vocale, avec toujours cette virtuosité confondante (même si le grave perd parfois de son éclat) et cette incroyable capacité à susurrer à pleine puissance. Fête théâtrale aussi, avec une cascade de sourires, grimaces, regards et gags divers qu’elle nous fait à chaque fois et qui frisent l’histrionisme mais auxquels on cède quand même. C’est que, chez elle, le professionnalisme et le talent vont de pair avec une générosité, une gentillesse, une sincérité sans faille. Jusque dans les rappels, à la fois cabotins et attendrissants, qui la mènent de Vivaldi à Non ti scordar di me (tube de 1935 qu’affectionnaient Gigli ou Pavarotti) en passant par Cherubino (Voi che sapete chanté avec la bouche en cœur). Nicolas Blanmont