Musique / Festivals

Couleur Café entamait dimanche, au pied de l'Atomium, sa troisième et dernière journée. Voici les tops et flops de cette ultime après-midi de festivités.

+ Cuvée Kery James

Dans le rap-jeu français, il y a le patron Booba, le BOSS Joeystarr, le parrain Oxmo Puccino et tonton Kery James. Jadis cerveau et bras armé de la Mafia K'1 Fry, taulier de la scène rap hexagonale s'il en est. Depuis des années, le emcee à la voix grave et à l'âme guadeloupéenne défend une esthétique hip hop aujourd'hui en perdition. Celle d'un rap conscient et bavard qui sacrifiera à jamais la forme sur l'autel du fond. Pas celle qui provoque chez nous le plus d'excitation. De goûts et de couleurs, il est ici question. Pourtant, les presque trente ans de carrière du bonhomme forcent l'admiration et sa force de frappe au micro a mûri sans altération. Ce dimanche, le bientôt quadra Kery James a fait le taf sans forcer, dégoupillé cette troisième journée de Couleur Café et prouvé qu'à défaut de la valeur, la puissance attend parfois le nombre des années.

+ Hip Hop sur tous les fronts

Le hip hop, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres. Un genre qui permet toutes les ambitions et tolère n'importe quelle envie. Si, sur la scène rap actuelle, le ton s'est quelque peu durci, dimanche du côté du Heysel, le genre fut célébré sous toutes ses acceptions. En mode ancienne école dans la langue de Molière avec Kery James (ci-dessus), puis dans celle de Shakespeare avec le jeune et talentueux Londonien Loyle Carner, dont le rap bien sous tout rapport avait amené du monde au pied de la scène bleue en fin d'après-midi. Sur le ton de l'humour aussi, avec l'étonnant Lil Dicky, Californien, rappeur et comédien à ses heures, auteur sur la bien nommée Green Stage d'une prestation aussi décousue que divertissante. Enfin, nous allions rencontrer celle qui, le mieux aujourd'hui, déclame ses punchlines au féminin.

+ Princess Nokia, batterie chargée

Nous avions eu la reine la veille, avec la venue de la Malienne Oumou Sangare. Dimanche, c'est la princesse d'Harlem qui débarquait à Couleur Café. Sa Majesté Nokia, Destiny Nicole Frasqueri pour les intimes et les autorités. Patronne de moins en moins indé de la scène rap internationale et chantre très remontée de la cause féminine qui mitraille presque à chaque couplet. Au pied de la scène, les très majoritaires "Young Girls" ne s'y sont pas trompés. Il y a quelques mois, au Beurs, l'énergie de la demoiselle de 25 ans nous avait fortement impressionnés, et force est de constater que les biscotos de son show ont encore copieusement gonflé. Physiquement également, on perçoit du changement. La New-yorkaise s'est un chouilla féminisée, et on ne peut que souligner la qualité du projet. D'autant que ladite évolution n'a aucun impact sur la virulence du propos ou sur sa portée. N'en déplaise à ses détracteurs, Princess Nokia a retourné nos pupilles, nos oreilles et Couleur Café.