Musique / Festivals

Si le spectre du rock s'étend et varie les plaisirs des Beatles à Black Sabbath en passant par Simple Minds, il en va de même de la scène rap aujourd'hui. Le genre offre désormais bien des visages, et voit émerger en son sein des rappeurs au profil atypique. Antoine Valentinelli est de cette clique. Un grand emcee blanc qui aime le fuschia, les catogans et les live acoustiques. Un rappeur aux cheveux longs, au sourire d'enfant et au teint blafard qui aime se la jouer romantique. "L'homme pâle" de la banlieue parisienne devenu Lomepal du 13e.

Un profil atypique donc. Skateur mal rasé nourri un temps au rock et qui y retourne à l'envi. Capable d'assurer un concert sauvage sur la rampe d'un skatepark, ou d'improviser une mini-tournée intimiste muni de ses rimes et d'une guitare sèche. Aujourd'hui âgé de 26 ans, et sans doute capable de prendre un joli appartement, Lomepal habite toujours avec sa maman. Pas par défaut ni par avarice mais par choix, et tout le monde y trouve son compte apparemment. "J'ai grandi avec elle, c'est elle qui m'a élevé, et, même si les choses ont parfois été, on s'est toujours super bien entendu avec ma mère. J'habite avec mon meilleur pote et elle et ça se passe parfaitement bien. C'est même plutôt drôle parfois... Nous, on rentre de soirée, elle, elle s'apprête à aller bosser, et on se retrouve pour le petit dej'. C'est souvent des chouettes moments... Je vois pas pourquoi je déménagerai pour l'instant."


Par amour peut-être ? Car s'il est une chose qui poussent les oiseaux à quitter le nid, c'est bien celle-ci. Et notre interlocuteur – qui à chaque concert fait chavirer les coeurs des jeunes filles en fleur – est plutôt client a priori. C'est un autre aspect de sa singularité, et une autre de ces libertés que s'octroie la jeune garde hip hop désormais. Lomepal écrit et scande à découvert. Là où jadis les MCs jouaient les durs, il est de ces rappeurs qui parlent de leurs sentiments (cf. "Yeux disent" ci-dessous), confessent des douleurs, expriment des failles ou avouent leurs peurs. Plus besoin de jouer les gros bras pour être entendu ou peser sur cette scène-là. "De fait, c'est sans doute un truc qui ne se faisait pas il y a quelques années. Même si moi ça me semble normal de parler vrai, de parler de choses vécues et de choses que je connais... Mais sans jouer de rôle – ou alors seulement si le personnage est annoncé – , sinon je ne vois pas l'intérêt."

Ainsi Lomepal se joue des codes, se travestit pour la pochette de son album ("Flip", certifié platine dans l'Hexagone) et dessine les contours de ce qu'on serait tenté d'appeler un rap rose... "Pourquoi pas? En tout cas, sur papier, j'ai rien contre. Vu la couleur de la pochette, tout ça... J'assume, je l'ai cherché" sourit-il. Un rap épidermique et sentimental, franc du collier mais esthétisé, écrit mais spontané. Et un excellent coup de plume par dessus le marché. En attestent les premières lignes du génial "Lucy", comme la lettre ouverte mais énervée d'un quidam adressé à une société qui littéralement l'écrase : "Cerveau sature comme un train dès qu'y'a un peu d'grève / Pas d'pause, même si les pneus crèvent / On papote, on verra c'que nos erreurs créent / Bad Boys ne connaissent pas les regrets" . Ou encore, au détour d'un refrain "La vie en rose nous l'a mise à l'envers" .


Lomepal retrouvera le Dour Festival pour la troisième fois. Un habitué des lieux donc, qui d'ailleurs retrouvera en outre quelques amis d'ici... "Evidemment, c'est toujours un plaisir de retrouver mon pote Caballero. On se connait depuis longtemps et on avait déjà collaboré sur ma mixtape 'Le Singe fume sa cigarette' en 2015. Puis, c'est toujours cool de revenir en Belgique, j'y suis assez souvent quand même, j'ai plein de potes ici. J'ai même lu des journalistes écrire que j'étais le plus belge des Français, donc tu vois... je suis validé. " Ce dimanche, Antoine jouera à domicile.

> Lomepal enflammera la BoomBox du Dour festival le dimanche 18 juillet à 22h30. Egalement le 25 août aux Solidarités.