Musique / Festivals

C’est l’histoire de trois post-adolescents timides qui sortent un premier album magnifique, un petit bijou de pop mélancolique portée par la voix d’Hannah Reid et les compositions minimalistes de Dominic Major (piano, synthés) et Dan Rothman (guitare), tous âgés de 20 à 22 ans.

C’est l’histoire d’un disque - "If You Wait" - qui se vend à plus de deux millions d’exemplaires et fait passer ses auteurs du statut d’inconnus à celui de stars internationales en l’espace de quelques semaines, avant de donner lieu à une gigantesque tournée mondiale. Une expérience intense, qui dure près de deux ans et demi au total et conduit pratiquement… à la disparition du groupe.

"Presque brisés physiquement"

Epuisés, "presque brisés physiquement et psychologiquement" par le rythme effréné des shows enchaînés jusqué fin 2015, les trois musiciens originaires de Londres prennent leurs distances avec la scène. Trop sollicités trop vite, ils semblent grillés, terminés pour de bon. Mais voilà qu’aujourd’hui, quatre ans après la sortie d’"If You Wait", London Grammar livre un nouvel album - "Truth is a beautiful thing" (lire critique ci-contre) - et annonce une tournée européenne qui passera par le festival Pukkelpop (Hasselt) le 18 août prochain. Rencontre à Bruxelles avec la diva et ses compères, et retour sur le long processus qui a abouti à l’enregistrement de ce deuxième disque.

Quatre ans entre deux albums, c’est inhabituellement long pour un groupe contemporain. Que s’est-il passé ?

Dan Rothman : Dans la tête du public on a attendu quatre ans, mais en réalité il faut enlever les deux ans et demi de tournée. Deux ans et demi durant lesquels nous étions sans arrêt débordés, durant lesquels nous courions tellement que nous n’avions jamais vraiment le temps de nous réunir pour "jammer", laisser libre cours à notre imagination et donc composer.

Dominic Major : Hannah a bien écrit quelques morceaux sur la route, mais la majeure partie de l’album a effectivement été conçue et enregistrée après, au calme.

Hannah Reid : J’ai ressenti une pression incroyable pendant cette tournée. C’est vraiment quelque chose de particulier : vous n’arrêtez pas de voyager entre les shows, vous êtes censé être au top, donner le meilleur de vous-même tous les jours pour répondre aux attentes du public, et à un moment vos capacités sont physiquement affectées. J’ai commencé à perdre ma voix, mon corps n’a pas suivi. Avec du recul, je pense qu’on n’était pas préparés à ça. Les six premiers mois se sont déroulés sans problème, mais on a voyagé plus de deux ans.

Cette expérience se retrouve-t-elle sur ce second album ?

D.R : Inévitablement, car ce genre d’expérience a un impact sur vous et sur vos relations avec vos proches, qui restent à la maison et que vous ne voyez plus pendant un an ou deux. Hannah évoque beaucoup cette question sur "The Truth Is A Beautiful Thing", de même que l’impact de cette distance sur notre rapport à nous-mêmes.