Lorenzo le lion au Reine Elisabeth

Martine D. Mergeay Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Tout comme sa compatriote Jolente De Maeyer, Lorenzo Gatto tente sa chance au Reine Elisabeth pour la deuxième fois, après s’être présenté en 2005. Entretemps, le jeune Ucclois est parti se perfectionner à Vienne, chez Boris Kouchner (membre du jury), il a fondé deux ensembles, il se produit régulièrement en concert, tout cela l’a muri, techniquement et musicalement. A-t-il encore besoin du concours ? Pas sûr, et le risque était donc particulièrement élevé de s’y pointer à nouveau. Mais Lorenzo semble être de ceux que le défi galvanise ! Devant un conservatoire survolté et plein à ras bords - jusqu’à la dernière minute, les fans sont arrivés en masse pour venir l’écouter - il offrit un éblouissant moment de concert et de performance.

D’emblée, la puissance et la plénitude de son univers sonore tranche avec tout ce qu’on a entendu ce jour-là. La sonate n° 2 de Bach connaît ainsi une version à la fois solaire et subtile, très bien conduite, avec une fugue rapide et ample, débordante d’énergie mais parfois trop scandée. Dans le concerto n° 1 Bartók - avec Eliane Reyes au piano - cette tendance affirmative prend la forme d’un discours rhapsodique opulent, plus objectif que poétique, soutenu, une fois encore, par de superbes sonorités et une totale maîtrise de l’instrument. Mais le plus stupéfiant surviendra avec les caprices de Paganini, livrés comme on ne les entend jamais, c’est-à-dire cumulant la vitesse, la puissance et la beauté : ici, sans que l’articulation ou que la rapidité (supersonique) en pâtisse, chaque note sonne et brille, rejoignant ses sœurs dans une fabuleuse et mouvante structure d’orfèvre, rivière de diamants ou parure d’ors fins Le conservatoire (vétuste, il est vrai) faillit s’écrouler sous les applaudissements. Au cours de cette même soirée de mardi, on entendit la Chinoise Zhang Jing, 21 ans, lunaire dans ses approches, mais très personnelle, harmonieuse et engagée; la Japonaise Haruka Nagao, 20 ans (dans six jours), d’une perfection technique confondante mais sans grande vision; le Russe Ivan Pochkin, 22 ans, subtil dans Bach mais lointain dans tout le reste; l’Allemande d’origine russe Nadja Nevolovitsch, 25 ans, bon niveau mais comme absente jusqu’à Bartók qui révéla une belle sensibilité; et le Chinois Shih-Kai Lin, 25 ans, raffiné mais peu communicateur. Mais il était alors tard pour tout le monde

www.cmireb.be

Publicité clickBoxBanner