Musique / Festivals Entretien

La dernière fois que l’on avait entendu parler de Lucie Bernardoni, c’était en 2005 lors de la finale de la Star Academy 4 qui l’opposait à Gregory Lemarchal. Depuis, la jeune Niçoise faisait partie, à nos yeux, de cet immense lot de starlettes éphémères la télé d’aujourd’hui, aussi vite apparues que disparues des écrans radars. Jusqu’il y a quelques semaines lorsque l’adolescente redonne signe de vie, transformée en jeune femme, dans le clip dénudé de "Juste mon homme". Un single représentatif du ton de son premier album, "Mélancosmiaque", présentant dix morceaux aux tonalités jazzy mais qui révèle aussi une voix claire et l’amour de la chanteuse pour une certaine idée de la variété, celle explorée par Vladimir Cosma et Michel Legrand. Pas très loin de l’univers d’une Enzo Enzo, en fait. Soit, un album pour les grand(e)s romantiques. Un premier essai qui fait aussi figure de première grosse sortie pour Akamusic, le site belge qui permet aux internautes de financer la production d’artistes qui présentent leur travail sur cette plateforme. Assez de raisons pour donner envie de tailler une bavette avec une fille dont la tête paraît tout aussi bien faite que le reste.

Pourquoi avoir choisi Akamusic plutôt que le chemin via une maison de disques ?

Parce que, déjà, ce que vous appelez le chemin traditionnel était très fermé. C’était compliqué pour moi parce que j’avais une étiquette "émission télé". Lorsque Michel Delaunois, le président d’Akamusic m’a appelé au début du site, je ne me sentais pas encore prête. C’était tout de même risqué parce que si aucun internaute ne veut te produire, ton projet est mort. Puis, un an plus tard, j’avais des titres à proposer et je me suis lancée. Et, finalement, on a obtenu de quoi produire l’album en 16 jours et demi.

Pas prête ? Vous ne vous étiez pas préparée à être sollicitée après votre parcours à la Star Academy ?

Non, il m’a fallu des années pour trouver mon style et pour emmagasiner du vécu aussi, sinon on écrit sur du vent. Et je comprends que les maisons de disque préfèrent signer des jeunes artistes qui n’ont pas encore d’image.

Y a-t-il eu une vraie interaction avec les internautes ? Ou se sont-ils fiés à votre nom ?

Pour ceux qui ont suivi la Star Academy, le nom a joué bien sûr. Mais j’ai aussi reçu des mails de personnes qui ne me connaissaient pas du tout et qui aimaient ce que je proposais. Et puis ceux qui votaient pour moi en parlaient ailleurs sur le Net et cela a contribué à me faire connaître.

Comment les internautes ont-ils eu leur mot à dire ?

Je me suis fié à leurs avis pour savoir quels titres devaient se trouver sur l’album. J’ai organisé un sondage pour savoir lesquels avaient leur préférence. Et me concentrer sur moins de titres me permettait aussi de peaufiner leurs arrangements.

Avec le recul, la Star’Ac a-t-elle été formatrice ou destructrice ?

Les deux. Formatrice parce qu’on apprend la pression et à travailler rapidement. Mais c’est aussi une émission populaire qui propose une formation taillée pour plaire au plus grand nombre. Une fois que j’étais à l’intérieur, j’ai compris qu’il fallait remiser mes envies personnelles à plus tard. Il faut pouvoir faire le tri entre ce qu’on veut prendre de cette expérience et ce qu’on veut y laisser.

N’avez-vous pas été tentée d’obéir à un certain format pour être certaine de percer ?

Non parce que, dans ce cas, vous vous aventurez sur un terrain déjà fort occupé et vous devenez un artiste Kleenex. Je sais pertinemment que je vendrais moins qu’en chantant une variété plus cadrée mais j’estime que dans mon métier, il faut faire ce dont on a vraiment envie.

Comme le clip ? Quand une jolie jeune fille se montre déshabillée, on peut toujours soupçonner le coup marketing, non ?

J’avais vraiment envie de le faire. Je suis une grande fan de Marguerite Dumas et de "L’Amant" en particulier. Alors oui je suis nue, et cela va faire parler du clip, mais j’ai tout fait pour ce soit beau avant tout. C’est une démarche artistique à laquelle le réalisateur et moi réfléchissions depuis longtemps. Après, les gens le perçoivent comme ils le veulent et j’en assume complètement les conséquences.

Lucie Bernardoni, "Mélancosmiaque" (Akamusic/Universal).