Musique / Festivals

Trente ans après sa fondation - par Manu Poiré - le Centre de chant choral de Namur, devenu le Centre d’art vocal&de musique ancienne (CAV&MA), a, plus que jamais, le vent en poupe : nouvelles productions, tournées internationales (dont la toute récente en Amérique latine), feu roulant d’enregistrements, etc. Dimanche, les musiciens avaient donné rendez-vous au public en l’abbaye de Malonne, première étape d’une mini-tournée consacrée aux Motets de Jean-Baptiste Lully, la seconde étant la chapelle de Versailles où le programme sera enregistré ce mardi - en audio et en vidéo - pour le label Alpha.

Deux de ces trois Grands Motets avaient déjà été donnés à la galerie des Glaces de Versailles en décembre 2015, composés sur le Dies Irae et le De Profundis de la liturgie catholique, et donnés en 1683 pour les funérailles de l’épouse de Louis XIV, la reine Marie-Thérèse (qui n’avait pas dû rire tous les jours). S’y est ajouté, dimanche, l’éclatant Te Deum composé en 1677, de quoi passer des interrogations inquiètes sur la mort et l’au-delà, aux promesses euphoriques (fussent-elles divines) dispensées par le pouvoir temporel. Non que le cher Leonardo Garcia Alarcon soit totalement réconcilié avec "cet être détestable" que fut Lully, mais à force de fréquenter l’orgueilleux surintendant de la musique du "Roy", à force de découvrir, entre les accents de triomphe, l’expression de ses douleurs, de ses doutes et même de ses regrets (remords ?), il lui semble que le jouer "c’est doublement le sauver, devant les hommes et devant Dieu…".

Spectaculaire et intérieur

C’est le "pari alarconien" : tout en préservant l’intériorité sans laquelle cette musique serait vaine, la manière du chef argentin est à la fois généreuse, chatoyante - parfois follement spectaculaire, comme dans le verset final du Te Deum, redonné en bis - et millimétrée, en relation organique avec tous les musiciens. En l’occurrence, l’imposant Millenium Orchestra rejoint par le continuo de la Cappella Mediterranea, le Chœur de chambre de Namur et les six solistes du chant : les sopranos Sophie Junker (première collaboration - convaincante - avec l’ensemble) et Judith van Wanroij (rayonnante et stylée), les hautes-contre Mathias Vidal (toujours aussi trompettant !) et Cyril Auvity (plus mesuré sans être moins brillant), le ténor Thibaut Lenaerts (également préparateur des chœurs et musicien accompli), et la basse Alain Buet, ce dernier en charge de la plupart des versets d’ouverture et menant cette mission avec une belle autorité.

A découvrir prochainement en CD et sur la chaîne Mezzo.