Musique / Festivals

Cinq anciens élèves ont joué les cinq concertos de Beethoven les 24 et 25 novembre.

Au Conservatoire de Bruxelles, les années «Eduardo del Pueyo » représentèrent un âge d’or ! Grande figure du piano du XXe siècle, le bouillant Aragonais – né à Saragosse en 1905, mort à Rhode Saint-Genèse en 1986, formé à Madrid et à Paris, établi en 1947 à Bruxelles - fut durant près de trente ans professeur au conservatoire de sa ville d’adoption où il attira des pianistes venus du monde entier. Sa force ? Outre un immense talent, attesté par sa discographie, et ses qualités pédagogiques (sautes d’humeur comprises), le maître s’appuyait sur une technique spécifique, héritée de Marie Jaëll, elle-même élève de Liszt, pour proposer à ses étudiants un contact assez neuf avec le clavier, contact d’une absolue précision mais intime et sensuel. A l’école d’Eduardo del Pueyo, les sonorités sont rondes, colorées, lumineuses, servant un discours où se rejoignent idéalement l’intelligence et l’émotion. Dans l’histoire du Concours Reine Elisabeth, les trois lauréats belges – André De Groote, Jean-Claude Vanden Eynden et Johann Schmidt – comptèrent parmi ses élèves, où l’on retrouve aussi des personnalités comme Bernard Lemmens, Michel Scohy, le Suisse Pascal Sigrist, la Japonaise Michiko Tsuda ou l’Allemand Burkard Spinnler.

De fortes personnalités

L’idée était donc excellente de rendre hommage au maître (décédé voici 30 ans) en confiant à cinq de ses anciens étudiants les cinq concertos pour piano de Beethoven – compositeur à qui del Pueyo consacra une importante partie de sa vie. Les concerts eurent lieu au Conservatoire de Bruxelles le 24 et 25 novembre dernier, avec le concours de l’Orchestre National de Belgique placé sous la direction du chef britannique Christopher Warren Green. Jeudi, Michel Scohy et Michiko Tsuda jouèrent les concertos n°1 et n°5. Vendredi, devant une salle comble, ce fut au tour des trois autres concertos. A commencer par le deuxième, confié à Burkard Spinnler, chambriste raffiné, bien connu à travers le duo qu’il forme avec Claudine Orloff, son épouse, et véritable mémoire du legs « delpueyen ». On en apprécia le jeu clair, nuancé et naturel, en particulier dans le Rondo final, malgré un orchestre trop souvent poussif et dispersé (cela s’arrangera en cours de route).

Toute autre ambiance – liée en partie au concerto lui-même (n°3), plus riche et plus élaboré - avec l’arrivée de Pascal Sigrist qui, dès les premiers accords, fit valoir la beauté magnétique de son toucher, associée à un sens poétique inné où priment le caractère d’improvisation, le constant questionnement du texte et le pouvoir d’émerveillement (le chant du largo...). Ce qui n’empêcha pas des moments de pure euphorie, comme dans la cadence et la conclusion de l’allegro initial (rumeur heureuse dans la salle), ou dans tout le mouvement final. Vif succès.

Longue ovation

Apothéose du concert, le concerto n°4 était confié à Jean-Claude Vanden Eynden qui, d’un bout à l’autre de cette partition emblématique, fit rayonner l’autorité et l’aisance d’un musicien au sommet de son art. En dialogue serré avec un ONB tout à coup bien meilleur, il attesta, en outre, un engagement, une passion et un feu qui confirment sa place parmi les grands pianistes d’aujourd’hui. Le public lui adressa une longue ovation, bientôt élargie à ses compagnons, à Michel Scohy (qui avait joué la veille), à toute la lignée du maître, à Eduardo del Pueyo lui-même.

Note: vient de reparaître : Intégrale des Sonates de Beethoven par Eduardo del Pueyo (Pavane)