Musique / Festivals

CRITIQUE

La toute toute première de «Little Hotel», c'est ce que proposait, au Théâtre royal de Namur mardi soir, le compositeur et chanteur Marc A. Huyghens. Il s'agit là du projet solo d'un artiste dont le groupe, Venus, a commencé à se faire un nom ici et au-delà des frontières.

Au «Little Hotel», «la réception est ouverte 24 heures sur 24, et il y a encore des chambres.» Le lieu, assurément, présente un certain confort, un côté «comme chez soi» un peu suranné avec une lampe à abat-jour sur un guéridon, une autre sur pied, un fauteuil rouge, ce qui est aussi la couleur des fleurs et du vase, et, au mur, une toile bucolique.

Au milieu du mobilier, l'auteur compositeur chanteur guitariste est entouré de musiciens et de leurs instruments disposés en demi-lune: xylophone, vibraphone, clarinettes, bandonéon ou accordéon, violoncelle, contrebasse et Ondes Martenot, un clavier portant le nom de celui qui a inventé, en 1928, le premier instrument électronique. Celui-ci est tenu par la Stasbourgeoise Christine Ott, qui l'a déjà fait pour des groupes comme Radiohead par exemple.

Instruments de la nostalgie

L'ensemble est original en soi. A n'en pas douter, la collaboration réussie entre Venus et l'Ensemble Musiques Nouvelles de Jean-Paul Dessy a donné des idées au leader du groupe, qui aime prendre des risques. Calculés: les arrangements sont de Renaud Lhoest, qui a déjà travaillé avec Venus, tout en ayant lui-même une expérience dans la musique yiddish au sein d'Abi Gezint. De fait, plusieurs des instruments présentés dans le «Little Hotel» trimballent avec eux la nostalgie, certains depuis long temps, depuis des pays lointains: clarinette basse, bandonéon, violoncelle...

A cet arc-en-ciel sonore aux couleurs très complémentaires s'ajoute la voix de Marc A. Huyghens, parfois tendue, mais non dénuée d'une certaine chaleur et toujours empreinte d'émotion. Avec son charme ténébreux qu'un beau sourire parfois éclaire, l'homme au costume sombre marie sa voix avec le seul accordéon, ou la place entre une intro au violoncelle seul et un finale suspendu à une note de vibraphone. À la coda, un sourire échangé entre le chanteur, le vibraphoniste et la belle violoncelliste signale l'ambiance complice régnant autour de ce beau projet, qui suscite un réel engagement de la part des musiciens.

Et pour mettre quoi en évidence, finalement? Les toutes belles chansons de «Little Hotel», dont, si tout va bien, l'album est attendu en septembre. Il y a là quelques mélodies superbes comme celle, toute simple, dédiée au «Silence». Ce projet ne ressemble à rien d'autre qu'à lui-même et à la personnalité attachante de son auteur, si ce n'est, l'ironie britannique en moins, à Divine Comedy, notamment par certains crescendos, certains mouvements orchestraux.

Concert en ors

Plusieurs fois réclamé après la fin du concert, Marc A. Huyghens revient avec d'eurythmiques «Sweet Dreams (are made of this)» au banjo et à la clarinette, ce qui ne manque pas d'allure. Au final, «I see a Darkness» de Will Oldham, repris ensuite par Johnny Cash, ne manque pas de gueule non plus, à l'instar de ce concert dont le décor et la musique se mariaient si bien avec les ors du théâtre.

© La Libre Belgique 2004