Musique / Festivals

ENTRETIEN

Mine hâlée, lèvres gercées, look soigné, Marc Lavoine était il y a peu à Bruxelles, venu présenter «L'heure d'été», son neuvième album studio. L'heure d'été? « Quand les femmes laissent leur corps exulter sous les premiers rayons du soleil. Quand la vie redevient adolescente, insouciante.» Un album qui se décline en trois rayons: musique de film (comme dans «L'Heure d'été» ou «J'ai oublié de te dire»), machines et programmations («Je me sens si seul» ou «Vogue le magazine») et vintage («Tous les jours» ou «Toi mon amour»). Côté textes, «L'heure d'été» est surtout l'heure d'aimer («Tu m'as renversé» ou «J'espère»), teintée de nostalgie, parfois de gravité. Et un opus où le chanteur (çà et là auteur et/ou compositeur) célèbre les hérauts musicaux des années 80.

«L'heure d'été» a été en partie enregistré à Abbey Road. Pourquoi ce choix?

J'avais envie de vivre cette expérience une fois dans mon existence de petit chanteur. Depuis «Le parking des anges», on enregistre les cordes en Angleterre. Et on cherchait un studio qui pourrait nous donner un frisson, parce qu'un disque est une somme d'émotions, avec des décisions. Tel studio pour telle chanson: on a pris le studio Gang, par exemple, pour les chansons qui sont un peu vintage, à la Neil Young, Bob Dylan ou Leonard Cohen, ou encore à la manière de l'album qu'a enregistré Gainsbourg en 1973. Le choix des musiciens va de pair avec le choix des studios. Le reste de l'album est plus techno: je voulais parler musicalement des années quatre-vingt, de l'explosion de Taxi Girl, OMD, Depeche Mode, New Order... Abbey Road était une possibilité de réunir ces tendances. Le son des Beatles était le plus approprié pour ce projet. De plus, Abbey Road raconte une histoire dans laquelle on vit notre histoire.

Est-ce vraiment un lieu magique?

Je suis très attaché au mouvement de pensée qui a accompagné les Beatles et je trouve que leur discours, leurs textes et leur musique tiennent encore debout. Frôler certains fantômes de notre histoire, c'est émouvant. Et cette émotion est présente sur le disque.

Vous rendez hommage, entre autres, à Everything But The Girl, Brian Ferry, Patty Smith, Alain Souchon... Pourquoi?

Parce que c'est ma vie. Ces gens ont vraiment adapté le format des chansons à une folie sonore, à une création fantastique. On a un tout petit peu épinglé ces années-là en disant: il y a eu le rock and roll et puis rien. Je ne suis pas d'accord. On a beaucoup sous-estimé ces sons-là, sur lesquels on tient encore aujourd'hui. Je suis né dans cette musique, dans ces instruments qu'on a rachetés pour faire ce disque. Je trouvais intéressant de parler avec la musique, de confronter ces mondes-là: la country d'un côté, et ce monde de Taxi Girl de l'autre.

«La mélancolie», est-ce l'âge aidant ou est-ce un sentiment qui vous a toujours accompagné? Dans «Tous les jours», vous dites qu'il faut profiter de la vie...

J'ai toujours eu très peur de l'arrêt de la vie, de l'absence de vie chez les autres. Et chez moi, je n'ose même pas y penser. Le manque des gens qui partent... Les années quatre-vingt sont ces années où on rallonge la vie et où les jeunes meurent du sida. Il y a une sorte de dérapage entre les progrès de la science et notre incapacité à sauver des vies. Cela a dû créer un rapport au temps différent. On a du mal à accepter la maladie, le handicap, les troubles de la personnalité. J'aime aborder des thèmes importants mais de manière légère.

«J'espère» est un duo, un genre auquel vous êtes attaché...

Ce duo-là est particulier. Je voulais le chanter avec quelqu'un qui puisse avoir le visage de l'espérance. Et je l'ai trouvé à Bruxelles. Quynh Anh est une jeune Vietnamienne qui vit ici. J'avais écrit «Bonjour Vietnam» pour elle. Mon producteur m'a suggéré son nom pour le duo. Lors de l'essai, j'ai été convaincu quand elle s'est arrêtée de chanter pour me demander ce que je voulais dire dans ce titre. Je le lui ai expliqué, elle a dit merci, a remis le casque et a fait trois prises. Elle a une voix magique.

Marc Lavoine, «L'heure d'été», chez Mercury (Universal).

© La Libre Belgique 2005