Musique / Festivals Quarante ans après sa mort, Maria Callas reste la plus grande cantatrice de tous les temps. Un succès intemporel dû à sa maîtrise exceptionnelle et à sa vie hors du commun.

Lorsqu’elle succombe à une crise cardiaque dans son appartement parisien, le 16 septembre 1977, Maria Callas vit seule, loin de toute agitation publique. Douze ans se sont écoulés depuis sa dernière prestation scénique, neuf depuis son ultime apparition dans "Médée" de Pier Paolo Pasolini. À 53 ans, on dit la diva éreintée, incapable de chanter, le cœur brisé par un chagrin d’amour digne des héroïnes d’opéra qu’elle a si souvent incarnées, lors d’une brève mais extraordinaire carrière qui lui vaut encore aujourd’hui le titre de plus grande dame que l’opéra ait jamais enfantée.

La rencontre italienne

Née à New York de parents grecs en 1923, Sophia Cecilia Anna Maria Kalogeropoulou fait ses premiers pas à Athènes, où elle intègre le conservatoire. A 17 ans, elle débute dans une opérette - "Boccacio" - où sa prestation rencontre d’emblée un succès critique. La voix de Maria n’est pas d’une pureté absolue, affirment certains, mais elle est singulière, et la jeune femme marque surtout les esprits par sa puissance dramatique et son sens inné de la tragédie qui lui valent de chanter "Tosca" deux ans plus tard, alors qu’elle n’a même pas encore 20 ans. C’est la première étape d’une ascension fulgurante. Contrairement aux recommandations de son entourage, la jeune cantatrice tente directement sa chance aux Etats-Unis, où elle a grandi en écoutant les opéras du Metropolitan. Mais ses auditions restent sans lendemain, et elle se résout malgré elle à prendre le chemin de l’Italie où ses professeurs lui prédisent à raison un avenir radieux.

En 1947, Maria auditionne à Vérone pour le chef Tullio Serafin qui lui fait chanter "La Gioconda". Quelques mois plus tard, elle entame une relation avec l’homme d’affaires italien Battista Meneghini, qui lui ouvre les portes des plus grandes maisons d’opéra du pays. En moins de deux ans, la jeune Maria disparaît pour devenir "la Callas", et rejoint définitivement la cour des grands en jouant en alternance Brünnhilde dans "La Walkyrie" de Wagner et Elvira dans "I Puritani" de Bellini, dont elle apprend le rôle en six jours pour remplacer au pied levé Margherita Carosio. Le public, lui, est unanime, les critiques élogieuses. L’énergie nouvelle que la cantatrice grecque insuffle au répertoire italien suscite un enthousiasme proche de la jubilation et lui confère une aura jamais observée par le passé. Réputée pour son degré d’exigence et son travail acharné, Maria Callas rejoint La Scala de Milan en 1951, obtient ses succès les plus retentissants en chantant "Norma" de Bellini, "Tosca" de Puccini et "La Traviata" de Verdi, où elle fait systématiquement preuve d’une maîtrise incomparable.

De la cantatrice à l’icône

(...)