Musique / Festivals

Qu’il n’y ait pas de féminin pour "chef d’orchestre" devient une anomalie : même si les femmes restent rares dans ce métier, toutes se distinguent par de fortes personnalités, et il ne s’agit pas de mecs en jupons mais au contraire de "vraies" femmes sensibles, alternatives, marrantes, en pantalons Marin Alsop en est un bel exemple : née à New York, diplômée de Juilliard School (violon), soutenue à l’époque par Leonard Bernstein, elle s’est illustrée à la tête de meilleurs orchestres du monde, elle est, depuis 2007, directeur(trice) de l’Orchestre Symphonique de Baltimore (un des "majors" américains), elle multiplie les initiatives pédagogiques, sa discographie est saluée partout, bref, voilà la super-woman, qu’on imaginerait monstrueuse et inaccessible. Eh bien, pas du tout : Marin est une femme simple et directe, assez douce et peu encombrée d’elle-même (contrairement à tant de ses confrères). Mais c’est un laser ! Les musiciens de l’Orchestre National sont sciés : minimum de mots, maximum d’action, pas d’acharnement - on ne passe pas trois jours sur l’imposé, mais on en fait un peu chaque jour - et une décontraction grandiose. Lumineuse idée du Concours d’avoir fait appel à elle (après plusieurs rencontres in situ), et fameux coup de pot qu’elle ait pu se libérer. Et aussi trouver le temps de répondre à nos questions

La création de l’œuvre imposée est un des défis de l’orchestre et du chef, mais Marin Alsop est familière du répertoire contemporain : "C’est une excellente pièce, pour l’orchestre comme pour le pianiste (même si je suis violoniste, je peux l’évaluer ) nous avons commencé à la travailler et je sais que ça va marcher." Elle n’en dira pas plus, la pièce est encore sous embargo, on en saura plus vendredi prochain

L’opinion de Marin Alsop sur le concours lui-même est éclairante : "Aux Etats-Unis, le Reine Elisabeth est considéré comme le plus important de tous les concours de ce type mais paradoxalement, alors qu’il est aussi le plus difficile, il sort de la pure compétition dans la mesure où chaque candidat a l’occasion de se présenter longuement au public et aux professionnels, et de faire valoir ses talents. Le classement n’a pas tant d’importance; en tant que chef d’orchestre, je peux me faire une idée de chaque finaliste et engager par la suite qui je veux..." Concrètement, dans ce genre de contexte, qui du chef ou du soliste prend le leadership ? "Le propre des grands artistes est de se mettre en interaction avec l’orchestre, il ne s’agit pas de l’emporter mais de collaborer et, pour chacun, de se mettre à l’écoute de l’autre. Même si dans ce cas, mon rôle est de soutenir le candidat au maximum."

Et quels sont les moyens techniques pour y arriver ? "Je suis d’une nature relaxe (rire), ça aide L’essentiel est de mettre le soliste en état de confort et d’être ouvert(e) à ses propositions. Je serai en présence de douze jeunes inconnus hyperdoués, c’est évidemment une expérience intense, et une grande responsabilité."

Pour Marin Alsop, la pédagogie - au sens le plus large - fait partie intégrante du métier; elle a aussi le flair pour découvrir les jeunes talents mais elle ne serait pas engagée si le concours ne répondait pas à certains critères : "Côté candidat, outre le côté "plate-forme" déjà évoqué, le concours représente une confrontation unique avec la création musicale, à travers l’isolement à la Chapelle Musicale, la responsabilité d’une nouvelle partition, les contacts sociaux avec les autres finalistes (et concurrents !) et l’expérience avec orchestre; de mon côté, j’apprécie que la composition et le règlement du jury écartent les cotes trop subjectives et les influences de clans "

Comment Marin a-t-elle senti que la direction d’orchestre serait son métier ? "Je ne vais pas me comparer à un prêtre qui a la "vocation", mais un jour j’ai su que tout ce que j’avais appris en musique, c’était à la direction d’orchestre que je le destinais. J’en ai parlé à mon père, et il m’a encouragée; il était Konzertmeister et ma mère, violoncelliste : ils m’ont bien expliqué tout ce que je ne devais pas faire (rire)" . Pour une femme, le job est-il dur ? "Pas plus qu’un autre job de patron - avec la solitude que cela implique. Mais peut-être pour la vie personnelle, oui, jamais chez soi, toujours en route "