Musique / Festivals

Un coq et un lion, heureux, voire amoureux, dansent le quadrille, sur un sol jonché de frites, moules et bière. Le fauve de cette fable belgo-belge, ambiance fin de soirée, est croqué par le Wallon Kroll, le volatile par le Flamand Nix. Bienvenue sur le site www.metavec.be. "Un petit cadeau qu'on fait aux gens pour Noël, de la part des artistes belges, unis" sourit Alain-Louie, chanteur du groupe flamand "Les Talons Gitans".

Une initiative rafraîchissante, partant du principe que la musique adoucit les moeurs. Celle qui émane de "metavec", on l'aura compris, vise particulièrement, avec humour et tendresse, sans prétention ni revendication, les moeurs communautaires des politiciens, en ces temps troublés. Le principe du site "metavec" ? Concocter, écouter et télécharger gratuitement de multip es duos belgo-belges, bilingues ou unilingues, de la chanson de Jacques Brel "Voir un ami pleurer" figurant sur son dernier album ("Bien sûr il y a les guerres d'Irlande/Et les peuplades sans musique [...] Mais voir un ami pleurer...").

On peut, par exemple, associer Helmut Lotti chantant en français (ou en néerlandais) et Charlotte Maison (Soldout) en néerlandais (ou en français), Kris Dane et Marie Warnant, Sebastian Omerson (Pornorama) et Jeff Bodart, Johan Verminnen et John Stargasm (Ghinzu), etc, etc. Tous ces duos sont portés par le même accompagnement musical, un peu mélancolique. "Pour l'instant, il y a 1344 combinaisons possibles, mais la liste des chanteurs va s'allonger" indique Marc-Henri Wouters, concepteur du site. La plupart des artistes proposent deux versions : en néerlandais et en français. La troisième langue nationale est aussi représentée, via le germanophone Peter Steiwer. Et tant qu'à faire, les artistes flamands Alain-Louie et Kloot Per W y sont allés de traductions en patois respectivement "louvaniste" et "tervurien"...

Petit frère de 0110

Pour la petite histoire, "metavec" est un prolongement des concerts "0110" contre l'intolérance organisés, dans les trois régions du pays, en octobre 2006. Entre autres duos, Eté 67 et Frank Vander linden (De Mens) avaient interprété une version bilingue de "Voir un ami pleurer" à Bruxelles. Marqué par cette rencontre avec le Brabançon, le groupe liégeois l'a ensuite immortalisée, avec lui, en studio. C'est alors que Marc-Henri Wouters, qui mixait le morceau - et est actif dans la distribution de musique en ligne personnalisée - a pensé élargir le concept. Après quoi le projet a été "boosté" par la crise politique des derniers mois. Mine de rien, dit-il, "j'ai senti pas mal d'émotion chez les artistes lors de l'enregistrement, certains l'ont pris très à coeur". Même si le projet n'entend pas véhiculer de message "pour ou contre la Belgique, précise-t-il, juste montrer la solidarité sans faille entre artistes belges, la richesse née de la diversité de cultures".

"Pour moi, c'est très important, indique Alain-Louie. Ces derniers mois, je me sens très fier d'être Belge alors qu'avant, je ne l'étais pas plus que ça, et j'entends beaucoup d'artistes dire la même chose". "L'émotion vient aussi des mots de Brel, ajoute Nicolas Michaux (Eté 67), mais en même temps, la chanson est présentée sur une interface festive, assez belge en fait : il n'y a là rien de solennel, il ne s'agit pas de rire de la crise mais... de l'aborder avec un peu de légèreté et d'autodérision."

Ce n'est pas la première fois que l'actualité politique mobilise des musiciens belges, via Internet. Que ce soit pour y diffuser un duo rap bilingue, "Straight up" (King Lee/Tim Morsdood) ou une pétition pour la survie du pays (lancée par Joshua, Lalalover...).