Musique / Festivals

Sur la pochette de dEUS, le dessin de Michaël Borremans est comme estompé, comme une image ancienne retrouvée dans un tiroir. On y voit, depuis un belvédère imaginaire (le "Vantage point"), une scène de guerre : des camions parqués, trois soldats en armes encadrant les corps couchés et ligotés placés en anneaux. Une allusion sans doute à Abou Ghraib et aux sévices causés par l'armée américaine en Irak ou à Guantanamo. Mais une allusion aussi à tous les conflits. Tout le travail de Michaël Borremans est imprégné par "l'énigme". Il y règne une violence étrange, contenue dans des vues apparemment banales tirées d'albums anciens. Il n'y a jamais de sang ou de souffrances explicites. Mais l'angoisse n'en est souvent que plus forte.

Né en 1963, Michaël Borremans est au départ photographe et graphiste. Mais vite, il dessine, peint et, ces dernières années, réalise des films. En 2005, il proposait une très belle exposition au Smak, à Gand (il est aussi une trouvaille de Jan Hoet). Et en 2006, il avait une expo aussi à "La maison rouge", à Paris, à la Fondation Antoine de Galbert qui réussit parfaitement à présenter de nouveaux artistes. Une de ses oeuvres, "L'Allemand", montre un fonctionnaire (nazi ?) des années 30, assis à une table et ébauchant un mouvement des mains. Borremans a décliné ce motif en peinture, dessins et films. Il y ajoute parfois d'étranges points rouges. Dans une variation, cette image apparaît en affiche gigantesque devant laquelle passent les gens. Dans une autre oeuvre, "La piscine", il montre l'image d'un homme sur le torse duquel une main écrit "People must be punished" et on voit quatre trous noirs dans la chair. Ici aussi ce dessin "à l'ancienne" est présenté comme sur un mur gigantesque devant lequel il y a une piscine et des gens qui se baignent mine de rien. Dans "Milk", des gens sont debout dans une pièce et regardent fixement un grand écran d'un blanc éclatant.

Les dessins, peintures et films de Borremans agissent de manière hypnotique. Ils donnent un sentiment à la fois de grande proximité (ce sont des images anciennes comme on a déjà vues) et de distance infranchissable. On en revient à l'énigme, à l'étrangeté, à la violence sous-jacente sous les comportements journaliers comme les Nazis cachaient leurs sévices sous la routine de fonctionnaires. Michaël Borremans est, avec Luc Tuymans (dont il se rapproche beaucoup), un des plus grands peintres et dessinateurs flamands actuels.