Mine de rien, Milow tisse sa toile

Sophie Lebrun Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

L’histoire commence de manière assez banale. Jonathan Vandenbroeck, né à Louvain en 1981, aime la musique, apprend les rudiments de quelques instruments (guitare, piano, accordéon), écrit des chansons dès l’adolescence et forme, avec des potes, des groupes pop-rock. Mais déjà, le garçon a des rêves et de l’ambition. "On faisait très peu de concerts, on n’avait pas sorti d’album. En 2003, j’ai jeté toutes mes chansons, et recommencé, seul avec ma guitare acoustique, tout en prenant un nom plus court que le mien", raconte-t-il. Milow atteint un premier objectif: la finale du Humo’s Rock Rally 2004, sur la scène de l’Ancienne Belgique. Il y chante déjà "You don’t know", promis à une belle destinée. Un an plus tard, après avoir écrit d’autres chansons et empoché son diplôme de sciences politiques, il se lance tout seul: emprunte de l’argent, crée son propre label, Homerun, et enregistre l’album "The Bigger Picture" (2006). "Je ne voulais pas avoir de regrets dix ans plus tard, j’ai mis la priorité sur la musique, j’ai toujours cru dans mes chansons. Cela n’a pas toujours été facile, les choses se sont faites progressivement. Et c’est très bien ainsi", ajoute Milow, chemise à carreaux, casquette et sourire omniprésent.

Quand sa renommée explose, en 2008-2009, il a 27 ans ("c’est vieux, de nos jours"), deux albums qui ont trouvé leur public en Belgique et plus de 200 concerts à son actif. "J’étais donc, en quelque sorte, prêt à vivre cela, subir la pression." Pression? Celle causée par "Ayo Technology". La reprise, en version folk dénudée, du tube de 50 Cent et Justin Timberlake, fait l’effet d’une bombe, l’Internet mettant le feu aux poudres (lire ci-contre). Elle ouvre grand les portes de l’Europe à Milow, qui, dans la foulée, y déverse l’album "Milow" (c’est-à-dire son second disque "Coming of Age" agrémenté de ladite reprise et de quelques titres du premier opus). Bilan, fin 2009: 600 000 exemplaires du single "Ayo Technology" vendus et 400 000 de l’album qui au total lui valent 17 disques d’or ou de platine, une volée de récompenses, et 110 concerts dans 14 pays. Un succès rarement sinon jamais atteint par un musicien pop belge. Qui est en outre, en son pays, l’artiste belge le plus téléchargé (légalement) en 2008, et le second - après Daan - en 2009.

Milow, ce n’est, en soi, rien de révolutionnaire, mais c’est très bien ficelé: un songwriting assez classique virant parfois pop, porté par la guitare acoustique (mais aussi un chœur féminin, ou une envolée de piano ), de douces mélodies, un chant très juste et, dans la voix, juste ce qu’il faut de légère fêlure.

Les chansons de Milow, en outre, sont des histoires à écouter, avec un début et une fin, souvent prenantes, qui parlent de grandir, de partir, de rêves ou de regrets. Inspirées tantôt de son vécu ("Out of my hand" ou le rendez-vous pris trop tard avec une malade en phase terminale, "Born in the eighties" ou le regard de jeunes de 20 ans sur les rêves et les compromis futurs), tantôt d’un fait divers ("Stephanie", jeune fille tuée en 2004 par sa belle-mère) ou d’une catastrophe ("Herald of Free Entreprise"). "Toutes mes chansons ont un lien avec la réalité", résume Milow. Qui, enfant, rêvait d’être écrivain.

"Vers l’âge de vingt ans, j’ai redécouvert la fin des années 60 et les années 70, et des artistes tels que Joni Mitchell, Van Morrison, Bruce Springsteen. J’aime la simplicité, quand la version enregistrée est proche de la version écrite." Milow admire particulièrement le "Boss": "Il sait raconter des histoires, et il fait de la bonne musique tout en ayant du succès".

En mars 2010, à quelques jours d’un concert au Cirque royal, c’est à l’AB que nous a reçus Milow. Il y est un peu chez lui désormais, après y avoir joué en mai 2007, mai 2008, mai 2009 Mais pour l’heure, il s’y trouve pour participer à une journée d’étude sur l’avenir des maisons de disque et le management d’artistes. Son témoignage est intéressant, car Milow est, outre son propre label, son propre manager. "Je crois au modèle indépendant que j’ai pratiqué, dit-il. Surtout dans le contexte de crise de l’industrie musicale. Souvent, il y a trop d’intermédiaires entre l’artiste et le public." En outre, il conseille de signer non pas un contrat, en Belgique, pour tous les pays, comme c’est souvent le cas, mais plusieurs contrats, dans différents pays. Son expérience, Milow envisage d’en faire profiter de jeunes talents belges. "L’idée est de travailler avec eux sur une période courte, le temps de lancer le premier album et leur expliquer comment faire tout eux-mêmes. Je n’ai pas l’intention d’être un label traditionnel."

La prochaine étape, en attendant, c’est le Canada, où "Milow" sort au printemps. Canada, au fait, c’est le titre de l’une de ses chansons (écrite en 2006): un gars raconte qu’il va tout planquer pour partir là-bas, qu’il rencontrera Neil Young, qui sera impressionné par son talent et lui offrira un contrat, qui le mènera aux Etats-Unis. Soit le rêve d’un musicien amateur, qui revient ensuite sur terre, à la raison, dans son boulot-dodo. "Maybe next year, maybe next year " L’année prochaine, qui sait?

En 2011, Milow, lui, sortira un nouvel album. "Il aura sans doute un son un peu différent, tenant compte de tous les concerts que j’ai donnés, même si ce sera toujours une base voix-guitare. Je vais toujours travailler avec Jo Francken qui est là depuis "You don’t know" , je ne vais pas chercher un producteur américain, je ne vais pas tout changer", précise-t-il.

Milow, ce 19 mars à Bruxelles et le 20 mars au festival Bel’zik à Herve. En octobre 2009 est paru le CD&DVD live "Maybe Next Year" (Homerun Records).

Publicité clickBoxBanner