Musique / Festivals

Depuis 1998 et au fil d’une grosse dizaine d’éditions, la Maison des notes de la rue Lebeau - et donc la Communauté française - installe ce tremplin dans la capitale et tente de propulser quelqu’artistes du cru en devenir ayant choisi le verbe de Molière pour s’exprimer musicalement. Au menu, comme chaque fois, une formule épicée au mélange des genres éclectique. Des trois demi-finales hip hop, pop-rock et chanson française organisées le mois dernier avaient donc émergés six groupes ou artistes. Et ceux-ci défendaient samedi soir leurs couleurs respectives lors d’un sprint final où chacun allaient occuper la scène vingt-cinq petites minutes durant.

A ce petit jeu-là, c’est Mochélan, grand gaillard au regard doux, aux épaules larges et à l’accent effervescent du pays carolo qui s’en est sorti haut la main. Nous avions déjà été séduits par ses rimes distinctes et son phrasé habité si caractéristique lors des étapes qualificatives et, cette fois, l’ami Simon a survolé de ses quasi deux mètres la compétition.

Les hostilités étaient lancées dès 19 h, dans une Rotonde encore désertée par les mélomanes bruxellois qui savouraient plus que probablement les derniers rayons en terrasse. Exercice périlleux donc pour la troupe des MalesPropres, menée par le chapeauté et énergique Gaspard Manesse. Leur ska sautillant et festif se fraie néanmoins un chemin dans cette fin d’après-midi et l’on entame donc le concours sur une note positive. Dans la foulée par contre, c’est un peu la douche froide dès l’arrivée de monsieur Olivier Juprelle. Alors que nous découvrions intrigués ses traits apolloniens sur des affiches à sa gloire placardés dans le couloir des serres, le charme s’évapore à l’instant une fois face au bellâtre. L’ex-Mud Flow et actuel bassiste de Vive la Fête s’aventure en solo depuis peu et nous livre un émo-rock torturé faussement british qui nous laisse de marbre.

Puis Mochélan et son acoustic band entrent en scène. Une seule piste suffit au rappeur XXL du pays de Charleroi pour se mettre l’audience en poche et susciter quelques exclamations enthousaistes dans les rangs. Aucun doute, celui-là a du coffre et un potentiel qui crève l’écran. Certains aimeront sans doute comparer ce jeune artiste à notre grand Jacques national, mais nous nous contenterons d’y voir un interprète enflammé. Qui chante sa ville natale avec humour et poésie, et quitte la Rotonde sous les applaudissements. Les joyeux drilles de Barbarie Boxon, eux, n’ont pas fait dans la dentelle. Un rien trop grimaçant à notre goût, ce trio théâtral parvient néanmoins à capter l’attention du public de ses chansonnettes bricolées, mais au prix de moultes débauches d’énergie. Elles s’avèreront payantes et vaudront au groupe la deuxième marche du podium.

Second chantre hip-hop de la soirée, Stan, issu du collectif Les Autres, foulent les planches en quatrième position. Un projet rap des plus basiques - pour ne pas dire un rien cliché - que son auteur a su enrichir d’instrumentations et de voix métissées pour l’occasion. Un pari qui se révèlera payant également, car le jeune Bruxellois ne repartira pas les mains vides. Enfin, étrangement placées en bout de course, les chansons pianotées de Claire Spineux mettaient un point final en mode classique à cette curieuse soirée où nous oreilles furent trimballées tous azimuts.

Restait au jury de professionnels du secteur à décerner ses prix. Résidences, sessions studios, dates de festivals et autres enveloppes de monnaie sonnante et trébuchante ont donc été distribués parmi les candidats en lice, et tous ont eu droit à une part du lion. Mais la crinière est revenue au roi Mochélan, dont vous devriez très bientôt croiser la route en concert.