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O n est des types normaux, on n'est pas des rebelles.» Ils sont venus à trois pour le dire, dans un hôtel Métropole où ils pourraient commencer à se sentir comme à la maison, après y avoir tourné le clip de «Chemicals». Vincent, le chanteur, Charles le batteur, et le bassiste Blazz; soit Mud Flow, trio bruxellois auteur de «A life on standby», premier gros pavé jeté dans la mare du rock belge en ce début 2004. Depuis «Amateur» qui l'a vu surgir en 2000, le groupe a vécu son adolescence, connu des changements de line-up, pour parvenir aujour- d'hui à l'âge adulte. Ou tout comme.

Quête introspective

Deux ans de gestation ont précédé l'heure de la naissance de leur troisième album. Deux années d'introspection, où le groupe s'est efforcé de trouver son identité après un «Re-Act», mal assumé aujourd'hui, dans lequel Mud Flow paraît ne plus se reconnaître: «Il faisait peut-être trop «collection de singles» à notre goût. Ici, tous les morceaux relatent une même histoire et un même état d'esprit, une forme de mélancolie. On ne fait plus le grand écart entre deux chansons, comme pour Re-Act», interprète Vincent.

Significativement, l'album s'ouvre sur «Sense of me», résultat provisoire de cette quête de soi-même, qui sert aussi d'intro à «Chemicals», morceau le plus abouti de l'album, qui montre un autre visage du groupe. Plus vrai que celui affiché pour leur premier opus? «Pas forcément, la qualité d'«Amateur», c'était d'être juste par rapport à l'âge qu'on avait. Idem cette fois-ci, on a un album qui ressemble à qui on est maintenant»: trois jeunes gens, proches de la trentaine, qui ont pris le pli de vivre de leur art et de leur recherche artistique, dans un marché restreint, et qui courent le risque de se retrouver demain, comme Zita Swoon et Arid, sans maison de disques si la sauce ne prend pas davantage cette fois.

Paradoxalement peut-être, les voilà qui livrent leur album le moins abordable. Moins formatés rock'n roll ou «hit» radio, moins instinctifs, les onze morceaux accrocheront moins directement l'oreille, pour se dévoiler après plusieurs écoutes. Ambition d'ailleurs avouée: «Le plaisir qu'on éprouvait avant, en tant que musiciens, nous semblait plus éphémère, plus immédiat. Aujourd'hui, les morceaux ont besoin de plus de temps pour exister, mais on a retrouvé des sensations rares et précieuses: avoir des frissons et le poil qui se hérisse de plaisir quand on joue», expliquent-ils d'une même voix, convaincus de tenir le bon bout et d'avoir fait les choix qui s'imposaient.

Dans la durée

La facilité aurait dicté de reproduire les mêmes recettes; ils clament leur besoin d' «authenticité» et leur certitude de toucher un public plus large en étant «totalement (eux)-mêmes».

Vocalement aussi, le progrès se marque dans la profondeur du chant de Vincent (sur «Today» ou de façon plus nette encore sur «Song1», épure parfaite). Là aussi, l'évolution s'est faite sur le mode d'un «détravail», précise le principal intéressé, et sur la recherche du «sentiment plutôt que de la perfection» : «C'est le principal apport de Rudy (Coclet, producteur de Sharko, Calc..., NdlR). Tu n'as que trois prises pour tout donner, et donc tu libères tout ce que tu as, toute ton énergie sur ces trois moments d'enregistrement.» A tel point que, sur le moment, le résultat n'est pas toujours évident à assumer: «C'est tellement brut que tu crois entendre ton moi profond qui ressort. Quand tu te rends compte que des gens vont l'écouter, c'est comme si tu te retrouvais nu. C'est toujours gênant, à moins d'être exhibitionniste.»

Ce que ne sont pas les trois musiciens de Mud Flow, qui redoutent le côté figé des photos ou des clips, pour se sentir plus libres sur scène. Sur la pochette, il faut donc aller chercher dans les détails, pour percevoir dans les cinq réveille-matin ce qui fait la différence entre ces trois personnalités («l'heure à laquelle chacun se réveille», plaisante Blazz), tout autant que ce qui les relie: «La musique nous permet de trouver l'accord entre nous, au sens figuré comme au sens propre», conclut Vincent.

«A life on standby», VivaDisc/Sony, sorti le 5 janvier.


© La Libre Belgique 2004