Musique / Festivals Un concert chaleureux avec les Musiciens de Saint-Julien, dans un Conservatoire glacial et délabré.

Pour un concert consacré aux musiques écrites du temps des guerres de Louis XIV et de la grande famine, authenticité oblige : "Que ces nobles seigneurs et leurs dames nous pardonnent mais nous n’avons plus de bois et les cheminées sont détruites. Gardez vos pelisses, vos bonnets, vos manteaux (et déposez vos parapluies au vestiaire)".

C’est donc dans un Conservatoire plus inhospitalier, glacial, blafard et lézardé que jamais que les vaillants Musiciens de Saint-Julien présentèrent un bijou de concert, alternant pièces instrumentales et cantates, avec, en étoile de première grandeur, la soprano Sandrine Piau (jour off de "Dialogues des Carmélites" - Monnaie - où elle chante Sœur Constance). Elle était au sein d’une constellation comprenant le flûtiste François Lazarevitch, fondateur de l’ensemble, Justin Taylor, jeune prodige du clavecin, en résidence à Bozar, ainsi que Lucile Boulanger (viole), Romain Falik (théorbe) et David Greenberg (violon).

En dépit d’une belle dynamique commune, le lancement du concert fut timide, inscrit dans des sonorités malingres. Du côté des dessus, la flûte est chaleureuse, volubile et douce, mais peine à se faire entendre, et le son du violon - par ailleurs imaginatif et moteur - est court, parfois grinçant; le plaisir est plutôt du côté du continuo, dont la suite du concert permettra de découvrir d’autres saveurs, notamment lors d’un (trop) bref prélude de Clérambault au clavecin, et lors d’échanges fabuleux entre la flûte et la viole de gambe dans l’irrésistible Quatuor n°6 de Telemann.

Chant baroque français au sommet

Quant aux fameuses cantates françaises - signées Louis-Nicolas Clérambault, maître en la matière -, elles furent l’occasion de renouer avec l’art inégalé de Sandrine Piau - voix lumineuse et pure, aigus surnaturels, intelligence du texte, style, engagement, humour ! Une artiste accomplie dont la générosité, en ce mardi froid et humide (on entendait la pluie crépiter sur la verrière), fit office de chaudière. Encore emmitouflée dans un châle pour "Orphée", elle y établit avec grâce le lien si particulier unissant la flûte et la voix dans la musique française, tout en déployant à travers airs et récitatifs, son incroyable pouvoir dramatique. Il faisait déjà plus chaud (dans les cœurs) pour "Léandre et Héro" (plus de châle), tempête spectaculaire, lamentations et fin consolatrice achevèrent de conforter le plateau et la salle. De quoi accueillir dans le ravissement deux bis sublimes, signés Rameau : "Viens, hymen" (Indes Galantes), et "Rossignols amoureux" (Hyppolite et Aricie).