Musique / Festivals

Loin des itinéraires commerciaux, ils sont une poignée de musicologues, de musiciens et d’éditeurs, à maintenir vaillamment le cap : lancer l’écoute sur les interprètes et les œuvres, de préférence peu connus, rattachés à l’histoire musicale de la Wallonie et de Bruxelles. En cette fin d’été, quatre nouveaux albums ont ainsi été présentés à la presse par le label Musique en Wallonie, attestant la richesse du patrimoine investi, la qualité des interprètes prêts à le défendre et l’engagement des équipes, depuis les décideurs artistiques et les équipes d’enregistrement jusqu’aux auteurs, graphistes, traducteurs, etc. Avec Manu Couvreur, Frédéric Lemmers, Jean-Marie Marchal, Christophe Pirenne (entre autres) comme conseillers scientifiques, Jean-Pierre Smyers comme ambassadeur, avec le relais de Musiq’3, de La Deux, de l’ULg, du Cav&Ma, de Resonant (communauté flamande !), Musique en Wallonie fait de chaque production un objet de haute qualité musicale en même temps qu’une plongée alternative dans un chapitre de notre histoire.

De ces quatre albums-découvertes, trois appartiennent à la collection des "Inédits". Le premier reprend l’œuvre complet de Johannes Regis (ca 1425-ca 1496), compositeur considéré par le théoricien Johannes Tinctoris comme l’un des plus importants de sa génération (aux côtés de l’illustre Ockeghem), ancien maître des chœurs à Soignies, auteur de la plus ancienne messe "L’homme armé" répertoriée, premier à écrire régulièrement à 5 voix, comme en témoigne ses "Opera Omnia" : deux messes, des motets et quelques chansons confiés à l’ensemble britannique The Clerk’s Group dirigé par Edward Wickham. Voix franches, interprétation objective, captation proche, on est loin de la suavité mystique d’un Van Nevel mais l’ensemble est d’une grande fraîcheur (2CD).

Le deuxième Inédit, "En un gardin - Les quatre saisons de l’Ars Nova" démontre, recherches archéologiques à l’appui, que l’Ars Nova avait trouvé dans les anciens Pays-Bas des inflexions propres, défendues ici de façon éminemment séduisante - couleurs, dynamique, contrastes - par les chanteurs de la Capilla Flamenca (direction Dirk Snellings). Avec le concours de Jan Van Outryve, luth, Liam Fenelly, vielle et Patrick Denecker, flûtes (1 CD).

Le troisième Inédit, consacré à l’oratorio de Pietro Torri (ca 1650- 1737) "Le Martyre des Maccabées", est lié au brillant mécénat - notamment sur "nos" terres - des Princes de Bavière. Ce fut la production phare du festival de Wallonie 2007, avec Jean Tubéry à la tête des Agrémens, du Chœur de chambre de Namur et de huit solistes emmenés avec brio par François-Nicolas Geslot, haute-contre et Anne Magouët, soprano. Œuvre puissante et dramatique, l’oratorio allie avec maîtrise les styles français et italien, éloquence de l’un, intensité émotionnelle de l’autre. De bout en bout, l’enregistrement captive par sa vitalité dramatique; il est pourtant inégal, magistral dans les parties orchestrales et les ensembles, défaillant dans certains airs solistes, mais découvrir une œuvre inconnue de cette valeur à un tel niveau d’aboutissement est en soi une expérience enthousiasmante (3CD).

Dernière sortie d’automne, cette fois dans la collection "Historiques", un portrait du ténor belge Fernand Faniard (1894-1955).

Bien que Faniard fût un des grands ténors wagnériens des scènes françaises, il ne laisse que des enregistrements de mélodies et de lieds (conservés par son fils) rendant compte d’un style raffiné, d’une diction parfaite, de tempos ultra-lents, et, dans certaines pages avec orchestre, enregistrées autour des années 50, de l’héroïsme qui devait habiter ses rôles lyriques (1 CD).