Mylène recoud ses déchirures

Vincent Braun Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Et tant pis si l'événement ressortit au moins autant à la sphère pipole qu'à la planète musicale... Mylène Farmer sort un nouvel album cette semaine, "Point de suture", le septième qu'elle enregistre en studio - à Bruxelles, en l'occurrence. Vu le statut d'icône que la chanteuse française s'est forgé en près d'un quart de siècle, difficile de passer à côté du successeur d'"Avant que l'ombre...", paru il y a trois ans.

Réalisé par le complice de toujours Laurent Boutonnat et écrit par Mylène, "Point de suture" sonne très électrodance et, çà et là, des guitares électriques ajoutent des notes rock toujours bien commodes pour mettre le feu. L'album est majoritairement composé de titres up-tempo, à la cadence rapide donc. A l'exception notable des chansons titulaire et finale, deux ballades dont elle a tellement le secret qu'elles semblent d'emblée familières - sans contrefaçon, donc.

Sinon, "Dégénération" le fait depuis juin, "Sextonik" et "C'est dans l'air" devraient faire pareil plus tard, ses nouveaux morceaux devraient bien fonctionner sur certaines pistes de danse. A cet égard, le short qu'elle arbore sur les photos promotionnelles fait penser au look arboré par Madonna sur son avant-dernier opus, "Confessions on a dance floor".

La comparaison avec la chanteuse américaine est d'ailleurs incontournable, car Mylène Farmer mise autant sur l'image. Quand bien même elle cultive une part de mystère. Mais à la différence de l'artiste caméléonesque qui se réinvente complètement à chaque album, Mylène conserve cette image romantico-mélancolique, associant mysticisme et goût pour le soufre. Avec en outre, ici, un soupçon de magie noire si l'on en juge par les photos de la poupée rousse suturée et vue sous toutes... les coutures qui arborent, jusqu'à l'écoeurement, la couverture du disque et les pages du livret. Avec en point d'orgue cette citation : "Tous les points de suture du monde ne pourront me recoudre". Une réplique issue du film "Carlito's Way" de Brian de Palma, ou l'histoire de l'impossible rédemption d'un gangster après sa sortie de prison. Une référence qui sonne comme une confession amère de l'artiste (à laquelle il est difficile de ne pas associer la poupée) quant à l'impossibilité de se défaire d'une image qui lui colle à la peau depuis trop longtemps... sous peine de provoquer d'irréparables déchirures. La chanson "Appelle mon numéro" semble abonder dans ce sens au détour d'un couplet : "Qui entre dans l'histoire/Cache derrière un fard, noir/La peur des regards/Qui glissent et blessent".

Curieusement, "Looking for my name", le morceau qu'elle interprète en duo avec Moby, pourtant spécialiste d'électro dansante, figure parmi les plus mous du genou de l'album. Enfin, en morceau caché, l'énigmatique chanteuse y va d'un "Ave Maria" presque céleste, complètement en... rupture avec le reste du disque. Ultime tentative de recoudre ses déchirures.

Vincent Braun

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