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C'est l'heure de la revanche du triangle diabolique. Sept ans après la sortie d'un "Nothing" qui n'aura point trop marqué les esprits, N.E.R.D revient aux affaires avec une cinquième plaque studio baptisée ''No-one Ever Really Dies'', version développée-couchée du rétroacronyme choisit comme nom en 1999 par la bande de Virginia Beach. A l'arrivée de Shay Haley, le duo devenait alors trio. Avant cela, Pharrell Williams et Chad Hugo sévissaient en tant que producteurs sous la bannière Neptunes dès 1992, et signaient en tandem les hits de Clipse, Jay-Z, Kelis, Rage Against the Machine, Backstreet Boys, Britney Spears, Air, Limp Bizkit, Janet Jackson, Usher et bien d'autres encore.


Mais N.E.R.D. a également connu l'ivresse du tube à plusieurs reprises au fil de sa discographie. D'abord le brûlant ''LapDance'', puis la guitare de ''Rock Star'', l'incontournable ''She Wants to Move'' et son intro qui aboie, le génial et pourtant moins populaire ''Provider'' ou, quelques années plus tard, le sensuel ''Hypnotize U''. Une satisfaction que le groupe devrait à nouveau connaître avec l'une ou l'autre des onze tracks de ''No-one Ever Really Dies''.

S'il fut forcément produit par les deux faiseurs de sons-maison, ce 5e album porte également la marque de Kuk Harrell, Rhea Dummett et Mike Larson, qui ne sont pas vraiment des nouveaux-nés non plus au rayon production, et ont contribué sans doute aux accents pop de l'ensemble. Mais c'est surtout la liste des invités au micro qui intimide. Un casting littéralement gargantuesque. Mais, contrairement à Eminem, qui publiait quasi simultanément son 9e opus, le carré VIP est ici orchestré et mis en lumière par N.E.R.D., là où Shady ne l'utilise que pour attirer sur lui les projecteurs.

Nous croisons d'emblée la reine caliente de la Barbade, Rihanna 1ère, plus rappeuse que jamais et en forme olympique au fil de ce ''Lemon'' (trop?) survitaminé. Mais aussi le bad boy Gucci Mane sur le sympathique ''Voilà'', le presque vétéran André 3000 sur le réussi ''Rollinem 7's'', ou encore le décidément infatigable Ed Sheeran sur la dernière piste ''Lifting You''.

Démarche inédite – du moins dans ces proportions – dans le chef du trio, des questions sociétales et politiques traversent plusieurs textes. La chanteuse britannique (de racines sri-lankaises) M.I.A abordent ainsi la question des réfugiés sur ''Kites', quand le clip du single ''1000'' (avec le ténébreux rappeur Future) met lui en scène des images de bavures policières ou d'affrontements violents entre pro et anti-Trump. Enfin, ''Don’t Don’t Do It!'', scandé par Kendrick Lamar et composé par Frank Ocean – excusez du peu – , revient sur le triste destin de Keith Lamont Scott, père de famille afro-américain abattu par les forces de l'ordre en Caroline du Nord le 20 septembre 2016.

Mais, en dépit de ces quelques piques ''de saison'' au Président US, l'engagement n'est pas ici l'essence ou le propos central. NERD, c'est du divertissement et du déhanché. Chacun sa spécialité. Et, dans ce domaine, Pharrell et ses sbires n'ont plus rien à prouver.

> 1CD (Columbia/Sony).