Musique / Festivals

A Dour, la fièvre n'attend pas le samedi soir. Vendredi, elle s’immisçait déjà sans vergogne entre nos cerveaux gauche et droit. La troisième après-midi, comme celle de la veille, avait été copieuse et plutôt belge au fil de la programmation "cocorico" du Labo. Mais une fois la nuit tombée, c'est le rap-jeu qui nous emportait. Dans les foulées de la jeune mais néanmoins toujours impeccable rappeuse britannique Little Simz et celles plus bondissantes encore du duo US perché Underachievers, c'est un cador de l'histoire du hip hop qui venait mettre toutes nos montres à l'heure.

Même pas peur de la Last Arena…

Si plus d'un artiste – quelles qu'en soit les mensurations – se sont cassé les dents sur la grande estrade du Dour Festival, voyant leurs efforts et toute l'énergie déployée se perdre dans la plaine et s'évaporer, pour lui ce fut visiblement une formalité. Habitué de lieux, où il était déjà venu promener son flow il y a trois éditions, Nas a prouvé a qui en doutait encore qu'il restait un patron. Oh, bien sûr, ce fut une setlist en forme de best of… Ponctuée à l'envi de rafales de balles, de pouetpouets et de bruits de verre brisé où, bien souvent, les hits légendaires de tonton Escobar (des dix pépites de "Illmatic" aux détonations de "Made You Look") furent sacrifiés sur l'autel cruel du medley. Mais l'on ne s'est pas un instant ennuyé et l'ambiance y était. Et on a senti la foule s'enflammer à chaque fois que le boss new-yorkais a bien voulu accélérer.

Bande de Trentemøller

Anders Trentemøller est Danois. Plutôt pratique quand il s'agit de se trouver un nom de scène qui envoie. A quarante-deux printemps, l'homme est devenu le boss de sa scène électronique nationale, et certainement un prophète respecté de cette musique à l'échelle internationale. Avec lui, pas d'erreur… Chaque fois que nous avons croisé sa route, c'est sur la piste de danse, mains en l'air et paupières fermées, que la chose s'est réglée. Fort d'un quatrième album bien nommé "Fixion", le producteur scandinave était venu vendredi accompagné de complices instrumentés (section basse-batterie) et même d'une chanteuse sur certaines compos. Son ami Andreas Emenius, pilotant depuis les coulisses le lightshow et les visuels, complétait l'équipée. Une configuration inédite qui nous a d'abord attirés, surpris, interrogés et finalement retenus comme envoûtés à l'abri d'une Petite Maison dans la Prairie qui n'eut de cesse d'onduler.


La mecque du pas chassé

Nous n'y avions pas encore mis les pieds cette année. Mais ses grands faisceaux tournoyaient déjà dans le ciel depuis jeudi, et irrésistiblement nous attiraient. Assez récente sur le site de Dour (c'est sa 3e édition), l'impressionnante Elektropedia Balzaal est à n'en pas douter l'une des attractions et l'un des atouts majeurs du festival. Une grande plaine de jeu à ciel ouvert, là-haut sur la colline, où quatre jours durant les fêtards de tous poils s'ébrouent en rythme dans la lumière, à la merci des dresseurs de platines. Si l'on préférait peut-être les mixtures trap, dubstep et électro-hip hop du très jeune producteur britannique Hucci aux prises avec la Boombox, le savoir-faire de la diva techno venue du froid Nina Kravitz et le cadre futuriste de la Balzaal l'ont finalement emportés.