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Enregistré en une séance le 11 août 1976, "Hitchhiker" sort enfin en intégralité et entre par le haut dans la discographie pléthorique du songwriter canadien.

Ce n'est pas sans frissons que l'on entend cette voix venue du fond des temps. Les dix chansons qui paraissent ce vendredi sur l'album « Hitchhiker » ont été enregistrées il y a 41 ans. Au milieu des années septante, Neil Young était toujours habité de fièvre créatrice, mais le désenchantement suivant la fin des années soixante se faisait méchamment sentir. On n'en veut pour preuve que ses albums « Time Fades Away » (1973), « On The Bach » (1974) et le noir « Tonight's The Night » (1975). Autant de chefs d'oeuvre marqués par la fin des illusions du « summer of love » et un retour à une réalité encore plus sombre.

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« Hitchhiker » a été enregistré en une nuit, le 11 août 1976, à l'Indigo Ranch Studio, à Malibu, en Californie. Neil Young n'y était venu qu'avec sa guitare acoustique et son harmonica alors que, bien sûr, comme dans tout studio qui se respecte, un piano traînait là. A part David Briggs aux manettes de la console de mixage, il n'y a que l'acteur et ami Dean Stockwell dans le studio. Un environnement familier puisque Briggs (1944-1995), connu comme membre du Crazy Horse, est un fidèle compagnon du Loner depuis son premier album solo, en 1968. Il est aussi un réalisateur artistique privilégiant un son des plus naturels et spontanés, ce qui tombe particulièrement bien pour cet album.

Tous assez pétés pendant la séance

Jusqu'ici inédit, « Hitchhiker » recèle des titres connus des fans de Neil Young puisque, à peine trois ans plus tard, « Pocahontas », Powderfinger » et « Ride My Llama » paraissaient sur ce nouveau chef d'oeuvre qu'est « Rust Never Sleeps » (1979), avec le Crazy Horse justement. Cela signifie que l'auteur-compositeur interprète était satisfait de son écriture, pas de son chant ni de la formule de plein dénuement. Dans le second volume de ses mémoires parues en 2014 sous le titre « Super Deluxe », il a beau prétendre qu'ils étaient tous assez pétés pendant la séance, et lui particulièrement, avec une influence néfaste sur l'interprétation, sa voix est comme de coutume : forte de sa jeunesse et de la fraîcheur des compositions, affaiblie par une vie de bâton de chaise, elle est prenante, attachante, émouvante.


Il y a d'autres traces de ces titres dans la pléthorique discographie du Canadien. « Campaigner » figure tel quel dans « Decade » en 1977, tandis que Hitchhiker » est passé à la moulinette grinçante de Daniel Lanois dans « Le Noise » en 2010. Seuls « Hawaii » et « Give Me Strentgh », écrits après une séparation douloureuse, sont complètement inédits. Dans leur dépouillement, ces dix titres pourraient passer pour des démos, Young lui-même les ayant longtemps considérés comme non finis. Mais pas du tout : sans doute concentré sur son travail à cause de la présence proche de David Briggs à la console, Neil Young livre un album en soi, qui trouve, 41 ans après sa mise en boîte, une place de choix dans une riche discographie.

A propos de cet album, Niel Young a dit récemment : « Il était deux heures du matin quand on a fini la session. On l'a fêtée, on savait qu'on venait de faire un sacré truc. Après, nous sommes partis tous les trois au bord du Pacifique voir la pleine lune s'y refléter. C'était magnifique. Les vibrations étaient très fortes, je les ressens encore aujourd'hui. » Nous aussi, Neil, nous aussi.

"Hitchhiker", Album Reprise, (8/9) Warner Bros