Musique / Festivals

Au sein des finalistes - dont le niveau, on l’a dit et répété, est particulièrement élevé cette année -, Nikita Borisoglebsky se distingue par la profondeur de sa musicalité, sa technique sans faille, et l’alliance rare de l’élégance, du naturel et d’une rigueur sans concession. En finale, le choix de sa sonate - l’opus 96 de Beethoven - l’atteste une nouvelle fois : d’écriture très "classique" et sans effet spectaculaire, cette sonate contient pourtant des trésors que le jeune Russe révèle à travers des sonorités fines et lumineuses, des phrasés sereins qui n’excluent ni l’intensité ni la poésie et, dans le rondo final, une extraordinaire richesse d’invention. Chaque note est habitée, chaque variation est un monde, l’ensemble est fermement conduit, un bonheur. "Agens", l’œuvre inédite de Cho Eun-Hwa, sera plus investi dans la dynamique que dans la couleur : tout ici est clair, énergique, généreux; les sonorités sont pleines et franches - même dans les accents sauvages de la cadence -, l’engagement est total mais toujours sous contrôle.

Il n’en sera pas de même, hélas!, dans le concerto de Tchaïkovski - idéalement lié à la sensibilité du musicien - où un frisson d’inquiétude traverse l’allegro dès les premières mesures; le jeu sera de plus en plus crispé, la plénitude sonore s’évanouira bientôt, et au finale, pris à tombeau ouvert - mais sans accroc majeur, bravo à l’orchestre et à Gilbert Varga -, la performance aura pris la place de la musicalité.