Musique / Festivals

Une fois n'est pas coutume, c'est par la fin que nous allons commencer. D'abord parler de la tête d'affiche américaine, avant de dénoncer les locaux qui signèrent la plus grosse prestation de la soirée. Samedi soir à Couleur Café, ce sont les Roots qui étaient les patrons sur papier. Si nous ne raffolons pas de rap instrumenté, préférant généralement l'impact originel d'un flow sur un simple beat, la bande à Black Thought (au micro et ci-dessous en photo) et Questlove (aux baguettes mais sans peigne ni afro) demeure l'une des rares formations hip hop qu'à cette enseigne nous pouvons tolérer. Ce fut encore le cas en conclusion de cette deuxième journée et, en dépit de certaines mélodies poussiéreuses ou titres désuets, la légende de Philadelphie sait toujours y faire pour séduire les bassins et les faire chalouper.

© HAULOT ALEXIS

Dream Team volume II

Mais c'est plus tôt dans la soirée que le sol a tremblé. Les boules illuminées de l'Atomium ont même failli s'entrechoquer. Lancé en 2016 et déjà couronné de succès, le show Niveau4 était reconduit pour notre plus grand plaisir cette année. Avec un mobile inchangé : dépasser les barrières de la langue et conjuguer flows et punchlines en français et en néerlandais.

Pour ce faire, Couleur Café et l'AB – associée au projet – avaient sélectionné une toute nouvelle équipée de emcees prêts à matraquer les boules grillagées. Aux Roméo Elvis (à l'affiche du vendredi cette année), Senamo & Seyté, Jean Jass & Caballero (attendus ce dimanche), Woodie Smalls, Coely (au menu samedi), Dvtch Norris et Stikstof, succédaient donc les gars de L'Or Du Commun, ceux du 77, TheColorGrey, Darrell Cole, Isha et une belle paire de DJs (Junior Goodfellaz & DJ Vega). Sans oublier l'incontournable Zwangere Guy (ci-dessous), membre de Stikstof, chantre d'un rap melting pot façon stoemp à la bruxelloise, où l'humour se décline en mode inter-communautaire et décalé. Le gourou tout trouvé pour ce genre de projet. Qui suscita samedi l'euphorie de la foule à chacune de ses arrivées.

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Autre visite qui fit grand bruit, celle, surprise, de Roméo Elvis, pas prévu au programme mais finalement en piste avec ses camarades de jeu. Mais si sa venue fut l'un des climax de ce concert d'une petite heure et demie, pas une seule fois l'euphorie du public et l'intensité de nos hôtes ne se sont taries. Avec TheColorGrey, dernière signature hip hop noir-jaune-rouge de chez Warner, et Darrell Cole, nouveau venu de la scène anversoise, sur un mode r'n'b ou mineur, d'abord.

Que dieu bénisse leurs squads

Deux squads ont surtout marqué les esprits samedi. Le premier, c'est L'Or Du Commun, qui offrait récemment une suite sympathique à ses premiers travaux ("L'Origine" en 2013 et "L'Odyssée" deux ans après) et opérait son retour avec "Zeppelin" en mai. Une clique forgée à l'ancienne école qui a su néanmoins moderniser ses vers et ses prods sans se fourvoyer. Le second, c'est Le 77, dernière révélation en date tout droit venu de Laeken, dont les rimes nous obsèdent depuis la sortie de "Tourette", morceau imparable, anxiogène et délectable réalisé pour et avec Zwangere Guy. Pas joué ce samedi, l'unique bémol du jour à notre humble avis.

Mais celui qui, véritablement, a retourné la plaine et pris le game à son compte, c'est Isha (en orange sur la photo de famille). Jadis Psmaker, le trentenaire bruxellois, de ce deuxième Niveau4, fut le Big Poppa. De retour aux affaires et fort d'un excellent premier jet ("La Vie Augmente") dont le second volet est attendu à la fin de l'année, c'est son banger chargé à la chevrotine "Oh putain" qui aura occasionné le plus de décibels à l'applaudimètre et le de dégâts dans l'assemblée. Vivement le troisième volet.

© HAULOT ALEXIS

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