Noel, le cerveau des frères Gallagher

Valentin Dauchot Publié le - Mis à jour le

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Musique / Festivals Quiconque prétend visiter l’Angleterre ne peut faire l’impasse sur Manchester. Plus proche de Dublin que de Londres, la ville incarne à merveille cette Grande-Bretagne fière, prolétaire, forte en gueule et relativement portée sur les litrons de bière, qu’on ne retrouve plus dans les grandes artères de la capitale. Ici, on est “ mancunien d’abord, britannique ensuite et finalement européen”.

Forte de cet ADN, “Manchasta” a logiquement vu émerger au fil des années une bouillonnante scène culturelle incarnée sur le plan musical par The Smiths, Joy Division, The Fall et bien évidemment Oasis, chantre du rock’n’roll britannique des années 90 et incarnation parfaite de cette suffisance mi feinte, mi assumée que l’on appelle communément le “flegme britannique”.

Un martyr, pas un ange

Auteurs de deux albums exceptionnels – “Definitely Maybe” en 1994 puis “(Whats The Story) Morning Glory ? en 1995 – et maîtres absolus des déclarations fracassantes, les frères Gallagher se sont bruyamment fait une place au panthéon du rock dont ils ont longtemps revendiqué le trône, avant l’explosion de leur union. La turbulente formation n’existe plus, aujourd’hui. Oasis s’est séparé en 2009 après un énième accrochage musclé entre les deux frangins qui tracent désormais chacun leur route. Mais un petit coup d’œil sur leur histoire commune permet de mettre en relief leurs apports respectifs.

© REPORTERS

Chanteur charismatique, véritable usine à bons mots sur les réseaux sociaux, Liam fait régulièrement la Une des journaux. Noel, l’aîné, est plus discret mais nettement moins lisse qu’il n’y paraît. Et si elle est parfaitement utilisée pour assurer la promotion de leurs albums respectifs, l’inimitié que se vouent les deux frères n’est pas totalement feinte. Selon Liam, celle-ci trouverait même son origine dans une fâcheuse soirée de leur adolescence lors de laquelle ce dernier, ivre, se serait oublié sur la chaîne hi-fi de son frérot. Pas vraiment épanoui à la maison, Noel traîne à l’époque avec divers gangs locaux, pique quelques autoradios dans des bagnoles et apprend à jouer de la guitare lorsqu’il se retrouve cloîtré chez lui pour cause de liberté surveillée.

Après avoir passé plusieurs semaines sur les routes en tant que technicien, il tombe sur le groupe de son frère – “The Rain” – et propose humblement d’en assurer le management pour “rehausser le niveau”. Refus catégorique de Liam qui sent venir le piège, mais finit curieusement par accepter un compromis.


Liam est le plus bruyant et ne se débrouille pas trop mal au chant. Noel est de loin le plus doué musicalement et entend bien diriger la formation, dont il est convenu qu’il écrive les paroles et compose la totalité des morceaux. C’est la naissance d’Oasis, association tumultueuse d’un agitateur et d’un dictateur, se battant chacun à leur manière pour prendre leur part de lumière.

Une batte de cricket dans la figure

Noel contrôle tout, Liam prend donc un malin plaisir à l’énerver et s’amuse entre autres à modifier les paroles en plein concert. Quelques mois plus tard, lors de l'enregistrement de “(Whats The Story) Morning Glory ?”, il fait irruption dans le studio avec quelques amis fraîchement rencontrés au pub pendant que son frère chante” Don’t Look Back In Anger”. Ce qui lui vaut de recevoir un coup de batte de cricket sur le front et de déclencher une nouvelle baston

Tout cela n’a pas grand intérêt, mais la presse s’en amuse, le Royaume-Uni adore, et les deux frangins – non contents de se bagarrer entre eux – s’en prennent au monde entier. Avec un détail d’importance : la musique suit.


Certains chroniqueurs de l’époque n’hésitent pas à qualifier l’aîné de “plus grand compositeur de sa génération” et érigent la fratrie en porte-drapeau de la rock’n’roll attitude britannique. Les deux affreux sont tellement prétentieux qu’on aimerait les détester, mais il faut bien reconnaître qu’artistiquement Oasis apporte quelque chose de neuf.

L’association de la plume mélodique de Noel et de la voix criarde de Liam est magistrale, et leur alliance est l’une des rares à fournir avec la même facilité des brûlots rock’n’roll (Supersonic, Rock’n’roll star, Cigarettes and Alcohol, Hello) et des ballades intergénérationnelles (Live Forever, Wonderwall, Don’t Look Back in Anger) qui deviennent autant d’hymnes chantés à l’unisson dans les stades.

En solo, avantage Noel

Ce succès immédiat pousse toutefois les deux rigolos et leurs musiciens à se jeter sur les substances en tous genres et à bâcler leur troisième album, avant de décliner progressivement jusqu’à la fameuse séparation de 2009. Comme il fallait s’y attendre, les deux trublions s’autoproclament chacun “meilleur membre du groupe” et poursuivent en solo. Liam dégaine le premier en 2010 avec son groupe “Beady Eye”. Noel suit un an plus tard avec ses “High Flying Birds”, et à ce petit jeu-là, avantage au second.


Liam, qui n’a écrit que quelques morceaux oubliables sur les derniers albums d’Oasis, surfe sur la vague et peine à trouver une réelle identité. Sa voix est là, mais sans les compositions du frérot, difficile de rivaliser avec ce qui a déjà été livré. Noel, lui, a le problème inverse. Plus folk que rock’n’roll, son projet tient la route, on y retrouve la structure et le sens mélodique d’Oasis. Mais sa voix manque de relief et le bonhomme n’est pas débordant de charisme.

Merci U2

Pendant que Liam joue au jukebox et brode quelques titres personnels, il prend toutefois le temps de se construire et finit par sortir fin 2017 “Who Built The Moon”. Troisième et meilleur de ses albums solo, situé à des années lumières de ce que faisaient ensemble les deux frangins. Sous la houlette de l’honorable David Holmes (l’homme derrière la bande originale d’Oceans 11) ses ballades un peu fades se muent en pop psychédélique. Pour la première fois de son existence, Noel swingue. Et même si certaines compositions abusent des refrains horripilants et grandiloquents labellisés “U2”, on sent une réelle prise de risque.


Les fanatiques d’Oasis n’aimeront sans doute pas et se rappelleront à leurs jeunes années sous les bonnes grâces de Liam, programmé à Forest-National en novembre. Les autres, auront tout le loisir d’aller juger Noel sur pièce dans cette même salle ce vendredi soir. Quoi qu’il en soit, le public a le choix, et les deux frères ne sont pas près de disparaître.

Valentin Dauchot

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