Nouvelle Vague boucle la boucle

ENTRETIEN SOPHIE LEBRUN Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Une guitare acoustique, un sifflotement, et une voix féminine qui susurre "God Save the Queen" et le final "no future" sur un ton léger, presque désintéressé, sur fond de ballade bossa nova : on est bien loin du cri primal, rock'n'roll, lancé par les Sex Pistols en 1977 ! Telle est l'une des reprises figurant sur le nouvel album de Nouvelle Vague, projet emmené par Marc Collin et Olivier Libaux. Deux producteurs et musiciens français qui prennent un malin plaisir à revisiter des titres new wave et punk des années 70 et 80 en versions plus ou moins douces et langoureuses, portées par des voix féminines et teintées de bossa nova, reggae ou blues... La palette de genres s'élargit encore sur le présent opus, sobrement intitulé "3" : folk, americana, bluegrass, pop. Fait marquant, des artistes des groupes d'origine s'y produisent aux côtés des chanteuses Nouvelle Vague. Mélanie Pain apparaît ainsi en excellente compagnie sur "Master and Servent" (avec Martin Gore, de Depeche mode) et "All My Colours" (Ian Mc Culloch, Echo&The Bunnymen), tandis que Nadeah Miranda partage le micro avec Barry Adamson (Magazine) sur "Parade", et Marina Celeste avec Terry Hall (The Specials, Fun Boy Three) sur "Our Lips Are Sealed". Sacrés duos, en l'occurrence. Rencontre avec Marc Collin, Olivier Libaux et Mélanie Pain.

Est-il vrai que c'est le dernier album "Nouvelle Vague" ?

Marc Collin : Oui, je pense que c'est le dernier sur ce concept-là : reprendre de la new wave en... bossa nova, initialement. Si jamais on fait un autre disque, on veillera à trouver un autre répertoire, une autre façon de faire les choses. On a des idées, mais rien n'est encore décidé.

Le concept Nouvelle Vague lui-même a évolué...

Olivier Libaux : Voilà. La bossa nova, pour le deuxième album déjà, on en avait un peu marre - enfin, on ne voulait pas que cela devienne une recette. Il fallait garder la créativité, la fraîcheur, l'inspiration. Il y a pas mal de genres sur cet album-ci.

Et en même temps une certaine cohérence.

OL : Tant mieux. Il y a un son Nouvelle Vague, visiblement. Les voix des filles jouent aussi.

MC : C'est assez mystérieux. On a, en tout, sur les trois albums, une quinzaine de chanteuses - qui n'ont rien à voir les unes avec les autres, à mon avis - et pourtant, il y a toujours des gens qui pensent qu'il n'y a là qu'une ou deux chanteuse(s)...

Vous avez coutume de parler de "scénarios", d' "images" concernant vos adaptations. Des exemples dans le cas présent ?

OL : "Blister in the Sun" (The Violent Femmes), on l'imagine joué par un groupe easy lounge sixties, dans un bar quelconque, avec cette chanteuse qui joue là tous les soirs pour payer son loyer...

MC : Très rapidement, on fabrique une image. Ce n'est pas un hasard si beaucoup de morceaux de Nouvelle Vague sont pris pour des musiques de films, de téléfilms ou de pubs. A chaque fois, il se passe un truc, on peut imaginer différentes scènes...

Mélanie Pain : En plus il y a des petits oiseaux et d'autres bruits en fond...

MC : Pour "All my Colours", on s'est inspiré de la musique de Lee Hazlewood, son titre "My Automn's Done Come", en particulier...

OL : On donne une couleur. "The American" (Simple Minds), je trouve que, pour le coup, il est carrément devenu... américain, dans le son, la façon dont il est chanté, un folk très rythmé, millésimé 72-73.

MP : Et "Master and Servant", c'est un peu "Les Pétroleuses", le western spaghetti...

Seuls quatre des artistes d'origine - un peu plus sur l'édition limitée - sont présents sur l'album. Vous les aviez tous sollicités au départ ?

OL : Non. On n'avait pas envie d'un album "name dropping", il fallait que ça reste un album Nouvelle Vague. On a fait une liste assez courte, en misant sur certains titres forts, ou par fascination pour certains artistes. Par exemple, c'était Martin Gore, de Depeche Mode, et non le chanteur Dave Gahan, qui nous intéressait, notamment parce qu'il a lui-même fait des albums de reprises (NdlR : "Counterfeit" 1 et 2)...

Les voix des filles étaient déjà enregistrées. On a envoyé à chaque invité le morceau tel qu'il est sur le disque, avec la place laissée pour son intervention : duo ou chœurs.

Vos reprises auraient donc pu fonctionner sans eux ?

MC : Oui. C'est ce qui s'est passé sur "Road to Nowhere" : David Byrne n'a pas voulu le faire, il a dit que c'était très bien comme ça, qu'il ne voyait pas ce qu'il pouvait ajouter.

Et Plastic Bertrand, vous l'avez sollicité ?

OL : Non. Sur certains titres, cela n'avait pas de sens. La vraie idée, là, c'était de demander à une anglophone de chanter "Ça plane pour moi", avec son accent charmant...

Depeche Mode vient de sortir un album. Que vous inspire-t-il ?

MC : Je n'écoute pas trop ce que les groupes new wave font aujourd'hui, je reste sur les années que j'aimais. J'ai du mal à croire qu'un groupe peut être créatif pendant trente ans, de toute façon. A moins de se remettre en question.

MC et OL : A l'époque, on aimait tous les groupes de la même façon, sans savoir lesquels vendaient ou allaient vendre des millions d'albums - la plupart ont démarré dans le même tiercé d'années. Aujourd'hui, il n'y a pas un tel mouvement ; quelques groupes new-yorkais déboulent en même temps, mais ça ne fait pas quelque chose d'aussi riche que la new wave. C'est aussi plus internationalisé, éclaté : on peut avoir une surprise avec un groupe français, ou belge. On ne sent pas un vrai mouvement, hyper fédérateur : on se met dedans et on n'écoute que ça. Il y avait vraiment des tribus. Chaque groupe avait son propre son - et il y avait une véritable course au sons nouveaux -, voulait inventer une façon de jouer une ligne de basse, de batterie, etc.

Pourriez-vous lever le voile sur votre création pour les Francofolies de La Rochelle, que l'on verra ensuite à Spa, en juillet prochain ?

MC : C'est une commande des Francofolies de La Rochelle : ils nous ont demandé de présenter notre concert habituel en y incorporant un événement "spécial français". On a repris quelques morceaux des années 80 qu'on avait déjà produits mais pas forcément utilisés, tels "Aussi belle qu'une balle" de Taxi Girl, "Putain Putain" de TC Matic... Et on a créé spécialement, dans l'esprit "Nouvelle Vague 3", d'autres chansons : Daho, Elli&Jacno, le groupe français Wunderbach ("Oublions l'Amérique"), Les Civils ("La Crise économique"... c'est d'actualité), Lio ("Amoureux solitaires"), qui est bien une punk sur le coup...

OL : Côté chanteuses, il y a une invitée spéciale. Ici encore, on trouvait intéressant d'avoir quelqu'un qui a un accent, une fraîcheur, un décalage par rapport à des morceaux chantés en français. En l'occurrence une chanteuse russe, Jenia Lubich.

Nouvelle Vague, "3", un CD The Perfect Kiss/Peacefrog/Pias. En concert aux Francofolies de Spa (Village francofou), le 18 juillet 2009.

© La Libre Belgique 2009
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