Musique / Festivals

Mercredi, aux Nuits, c'est un habitué des lieux que l'on retrouvait dans l'ombre et derrière les rideaux de velours du Grand Salon. Quasiment une seconde résidence pour l'objet rappant non-identifié qu'est Veence Hanao, s'apprêtant à sabrer sa seconde soirée en ces murs familiers. Des prémices d'il y a plus de dix ans à la barre du trio Festen, jusqu'à ce récent retour en tandem, en passant par ses bifurcations solitaires, nous avons bu toutes les paroles du emcee bruxellois aujourd'hui un peu plus que trentenaire. Et nous réjouissions donc de ces doubles retrouvailles d'affilée à guichets fermés


La revanche de l'ex-petit prince du hip hop noir-jaune-rouge "devenu vétéran en trois ans", sourit-il avec (délicieuse) ironie... S'il fut écarté un temps – presque quatre ans – des studios et micros, c'est que Veence Hanao s'était cassé l'oreille. En 2014, à trop s'être abreuvée de son et d’infra-basses, son écoutille gauche fait des siennes. Hyperacousie et acouphènes le contraignent alors au chômage technique. C'est toujours le cas d'ailleurs, mais l'homme a appris au fil des mois à apprivoiser les sifflements, à vivre avec ça. Jusqu'à ce que ses envies de rimes en sommeil soient réveillées par un certain Fabien Leclercq alias Le Motel.


Ensemble, les deux nouveaux complices vont dessiner la reprise de V.H. et sortaient cette semaine un mini-album de neuf titres intitulé "BODIE". Un disque qu'il faut apprivoiser et qui, honnêtement, ne nous a pas fait vibrer au premier regard comme ce fut le cas pour chacune de ses livraisons d'antan. Le rap d'Hanao est exigeant, bavard, aléatoire, abstrait, concret, épidermique, chuchotant ou puissant… Il requiert attention, forme et concentration. L'avions-nous oublié ?


Mais ce qui nous avait surtout échappé, loin des oreilles et loin du cœur, c'est l'essence de son art et de ses prestations : l'intensité. Il aura fallu que nous le retrouvions en live pour que tout s'imbrique. Qu'il glisse les mains dans les marionnettes, pour que tout s'anime et s'explique. De cette "Jungle" urbaine imparable où la joie est facultative, à l'amour doux-amer salvateur de l'intrigante "Mélusine"… Des vestiges de son second solo ("Kick, Snare, Bien", "Chasse & Pêche"), aux pépites du projet Autumn et ce toujours cinglant "Midi Pile"… Du "Lexomil" à "L'Asphalte", de la haine à l'amour, de la chute aux vertiges, des vautours aux "Moineaux"... Des errements nocturnes déclamés à la lueur d'une ampoule, au "cul luminescent" (dont il aura été le seul à s'inquiéter), en passant pas le stress maladroit et la Lune… Sa deuxième Nuit (Bota) ne fut que sursauts, sourires et émotions. Le V est de retour. Et si elle ne sert à rien dans "La Jungle", elle nous fut bien utile dans ce Grand Salon.